Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 20:52

Mon corps m’emmerde. Il n’est pas comme je voudrais. Il ne fonctionne pas comme je voudrais. Et il y a de fortes chances que si un jour, un génie me propose 3 vœux, il y en ait au moins un qui concerne mon corps. Je n'ai rien de grave, je me considère globalement comme une personne en bonne santé. Et pourtant, mon corps m'emmerde. Mon corps m’a tenue alitée pendant 7 mois à cause d’une tendinite mal soignée. Il a fallu l’intervention de 7 soignants pour décider de ce que j’avais et comment le soigner. Mon corps m’emmerde. Il me fait saigner tous les mois, dans le meilleur des cas, mais plus souvent tous les 15 jours, 3 semaines, et rajoute avec ça le package crampes abdominales, maux de tête, vertiges, nausées. Mon corps m’emmerde. J’ai les dents en carton-pâte. Une carie ? Trop facile. « La caverne d’Ali Baba » a déclaré ma dentiste une fois. Pour son portefeuille, je n’en doute pas. Pour le mien, c’est moins flagrant. Mon corps m’emmerde. Si j’ai le malheur de ne pas faire assez d’un sport, ou trop d’un autre, mon dos déraille. Mon corps m’emmerde. J’ai hérité du gène familial des migraines ophtalmiques, qui te bousillent des journées en te clouant au lit, dans le noir, en silence, en ayant la délicate impression qu’un sadique essaye de t’enfoncer un crayon dans l’œil.

Alors oui, bordel, mon corps m’emmerde sérieusement.

Mon corps est gros aussi. Parce que dès qu’il est un tout petit peu sorti de la norme, on l’a mis au régime et qu’il n’a pas compris, donc il a stocké. Et comme je ne l’ai pas écouté, j’ai recommencé, maigrir, reprendre encore plus, remaigrir, reprendre encore plus. Et tous les jours, d’une manière ou d’une autre, le monde dans lequel je vis me rappelle que je suis grosse. Ça pourrait être une caractéristique banale, globalement, ça l’est d’ailleurs. Je suis brune, je mesure 1m63, je suis grosse. Mais ma taille ne m’a jamais été reprochée. Jamais en allant chez le coiffeur, on ne m’a répondu qu’on ne faisait pas les brunes. Mais combien de fois a-t-on sous-entendu que j’étais responsable de mon poids, que si je faisais attention, je ne serais pas si grosse ? Combien de fois m’a-t-on répondu qu’on ne « fait pas les grandes tailles » dans ce magasin où j’adorais m’acheter des fringues, avant ? Je veux faire du shopping ? Je dois aller dans un magasin pour grosses. Je veux faire du yoga ? Je dois chercher comment adapter les postures à mon poids. J’ai mal au pied ? C’est probablement à cause de mon poids. Ou pas. Mes pieds supportent mon poids depuis des années maintenant, vous croyez vraiment qu’ils auraient pu se déshabituer ?

Alors mon corps m’emmerde. Et la façon dont le monde le regarde m’emmerde aussi.

Du coup, ma tête a longtemps ignoré mon corps. Parce que ma tête, elle, fonctionne bien, et qu’elle avait un peu tendance à trouver que mon corps était un boulet qui la freinait. Ma tête a ignoré les sensations de faim et de satiété que mon corps lui envoyait, comme ça, on mange à heures fixes, et on s’en fout de savoir si le corps a faim ou pas. Ma tête a ignoré la douleur au pied, c’est plus pratique, on peut continuer toutes ses activités. Jusqu’à ce que cette douleur fasse trop de bruit pour être ignorée. Ma tête a appris à s’adapter aux limitations de mon corps. Faire du sport est compliqué ? N’en faisons pas. Ne pas faire de sport me fait mal au dos ? Ignorons la douleur. Elle en était arrivée au point qu’elle trouvait ça normal d’avoir mal en faisant certains gestes anodins.

Ma tête et mon corps ont longtemps fonctionné comme deux ennemis jurés, contraints de vivre dans le même espace donc se tolérant l’un l’autre, mais s’évitant le plus souvent.

Cet espace commun, c’est moi. Et un jour j’ai compris que faire fonctionner ma tête et mon corps totalement indépendamment l’un de l’autre, ça ne pouvait plus trop fonctionner. Depuis, j’essaye de les faire communiquer. Parfois ça ne fonctionne pas trop mal. Ma tête a appris par exemple à reconnaître quand mon corps a faim, et à ne manger que quand il réclame, pas seulement parce qu’elle sait que c’est l’heure de manger. Parfois, c’est plus compliqué. Ils ont tellement appris à s’ignorer … Imaginez essayer de réconcilier des ennemis de 30 ans … Ça va forcément prendre du temps.

C’est le chemin sur lequel j’ai choisi de m’engager. En prenant soin de ma santé physique, et aussi en réfléchissant à mon fonctionnement psychique. En apprenant à m’écouter, en essayant de moins me détester.

Un jour j’ai lu quelque part une métaphore qui m’a plu : Ton corps, c’est le véhicule qu’on t’a attribué pour faire un beau voyage. Tu ne peux pas en changer, il est là pour tout le voyage. Tu peux passer tout ton voyage à grogner qu’il n’est pas assez ceci, ou trop cela. Ou alors, tu peux te dire qu’il est comme il est, et prendre le temps d’admirer le paysage.

Il y a encore pas mal de pannes qui m’empêchent de profiter du paysage, mais j’ai bon espoir, la route est encore longue.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 09:27

Quand j’étais petite, en CP ou CE1, j’ai déclaré à mes parents que quand je serai grande, j’aurai 23 enfants, et je leur ferai la classe tous en même temps.

Et je pense qu’en fait, je n’en aurai aucun.

Je ne veux pas d’enfants.

La bascule entre 23 et 0 s’est faite assez rapidement. J’ai assez vite compris que 23, ça n’allait pas être jouable. Et que de toute façon, je ne pourrais pas avoir 23 enfants du même âge pour leur faire la classe. Alors je disais que j’en aurai un. C’est bien un. Il ne peut pas se disputer avec ses frères et sœurs.

Et puis, plus tard, j’ai découvert qu’on n’était pas obligé d’en faire. Qu’il y avait des adultes qui vivent sans enfants, qui sont heureux comme ça. Ça m’a un peu chamboulée. Je n’étais plus vraiment sûre d’en vouloir. Et puis je n’étais pas en couple, alors de toute façon, ça ne m’attirait pas plus que ça.

Et pourtant, j’adore les enfants. Je travaille avec des enfants, et j’adore ça. J’ai 3 nièces et un neveu que j’adore aussi. Je prends un plaisir infini à jouer avec eux, à leur faire des papouilles sur le ventre en les sortant du bain, à les voir grandir, apprendre, changer. J’adore ces moments de complicité entre eux et moi quand leurs parents me les confient, j’adore être la tata gaga qui couine devant les photos souriantes de bébés sans dents, ou devant celles toutes aussi édentées de la plus grande de mes nièces qui attend la petite souris.

J’ai été chamboulée dans ma conviction de ne pas vouloir d’enfants au moment de la naissance de la fille de mon frère. Je changeais de côté. Je devenais la seule sans enfants de ma famille. J’ai même cru en vouloir un moment parce que ça serait cool il ou elle aurait des cousins et cousines, on partagerait des choses avec mon frère et ma sœur. Et puis non. Cette naissance m’a chamboulée, et cette nièce qui habite tout près de chez moi tient une place particulière dans mon cœur. Probablement parce qu’elle est née juste au moment où je me prenais une très grosse claque professionnelle. Probablement parce qu’elle m’a aidée à ne pas sombrer dans le désespoir. Probablement parce que je la vois grandir tout près, et que ça change un peu les choses.

Mais le temps a passé, le choc de sa naissance est passé. Les questions se sont intensifiées. Est-ce que j’en veux ? Pourquoi ? Et Lui, est-ce qu’il en veut ? Est-ce qu’on serait deux dans ce projet ?

Et plus les questions se posaient, plus les réponses se faisaient précises. Je ne crois pas que j’en veux. Pour plein de raisons différentes. Lui n’en veut pas, il dit qu’il me soutiendra si c’est mon projet et mon désir. Mais l’est-ce vraiment ? Je ne crois pas.

 Ça me fait un peu peur d’assumer ma non parentalité. Socialement, j’arrive à un âge où les questions se font pressantes. Je suis en couple depuis un moment, alors quoi ? Quand est-ce qu’on va faire des enfants ?

Et si la réponse était "jamais" ? Et si ça ne faisait pas partie de nos projets ? Et si notre vie pouvait être tout aussi heureuse sans enfants ?

Je ne crois pas que je pourrais être heureuse avec un enfant. Je crois que le poids de la maternité serait trop lourd à porter pour moi. Je suis déjà bourrée d’angoisses sur la santé de mes proches, sur la mienne aussi, qu’en serait-il avec un petit bout dont j’aurais l’entière responsabilité ? Que je devrais mettre au monde ? Dont je devrais gérer l’éducation, la santé, le développement, la culture et plus tard les études ? Tout ceci me semble impossible. Je ne pourrai pas faire ça sans compromettre ma propre santé, physique mais surtout psychique. Et pourquoi mettre au monde un enfant ? Pour quoi faire ? Le monde dans lequel nous vivons est fou. On ne sait pas ce qu’il sera dans 10 ans, 20 ans. On a déjà trop de monde sur notre pauvre planète que nous exploitons jusqu’à la moelle au point de la mettre en danger. De nous mettre en danger.

Je ne suis pas quelqu’un de fondamentalement optimiste. Je n’ai pas assez d’espoir pour croire que les générations futures auront l’énergie et les ressources pour inverser le cours des choses. Je n’ai pas assez confiance pour me dire que mon éducation sur un petit être à naitre pourrait lui permettre de s’en sortir dans ce monde en perpétuel changement.

Je ne veux pas d’enfant parce que je n’en ai pas vraiment envie, et que ma vie, dans le monde d’aujourd’hui, ne me pousse pas dans ce sens. Je suis globalement heureuse dans ma vie. Je suis entourée d’enfants, que je vois grandir, pour lesquels je participe, à ma manière, à leur éducation. Je pense à mes nièces et mon neveu, je pense aussi, beaucoup, à tous les enfants qui me sont confiés à l’école. Je sais ce que c’est qu’accompagner la vie d’un enfant. Je sais les beaux moments, je sais la magie de ce lien entre la mère et son enfant. Je le vois autour de moi, et je l’ai vécu avec une mère aimante, qui s’est battue, elle, pour avoir des enfants, parce que c’était son désir profond, et celui de mon père. Je ne peux qu’imaginer la force du lien qui lie une mère à son enfant, mais je sais celui qui lie un enfant à sa mère. Et pourtant, je ne veux pas d’enfant.

On me dit souvent « mais tu n’as pas peur de regretter ? ». Bien sûr que j’ai peur de regretter. Mais j’ai autant peur de regretter de ne pas en avoir fait que de regretter d’en avoir un. Il me semble tout aussi difficile et définitif de choisir de faire un enfant que de choisir de ne pas en faire. Dans mon cas, la balance penche du côté du non.

J’espère pouvoir rester la tata présente, celle chez qui on vient en vacances, celle qui dépanne un week-end, une soirée, un mercredi, quand la nounou est malade ou quand les parents ont besoin d’une pause. J’espère que je ne regretterai pas mon choix. J’espère que je verrai grandir mes neveu et nièces et qu’ils n’oublieront pas leur vieille tante quand nos parents ne seront plus là pour réunir toute la famille autour d’eux. J’espère qu’on vivra encore des moments magiques en famille, avec eux, avec mon frère, avec ma sœur, avec leurs si beaux enfants, mes amours de nièces, mon amour de neveu.

J’espère.

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 15:55

Je n’ai pas eu mon CAPPEI.

J’y ai pensé tout l’été, j’ai ruminé, essayé de comprendre. Mais il n’y a rien à comprendre. Juste accepter que je n’aie pas eu mon CAPPEI.

J’ai pourtant travaillé. Comme je n’ai jamais travaillé. J’ai lu des ouvrages, pris des notes. J’ai changé ma pratique professionnelle. J’ai observé mon tuteur faire, et essayé de l’imiter. J’ai sacrifié un peu de ma vie personnelle, beaucoup de ma vie sociale et environ toute ma sérénité. Mais je n’ai pas eu mon CAPPEI.

Quand les résultats sont tombés, j’ai pleuré. Je n’étais pas dans la liste des reçus. Première claque.

Quand les notes sont tombées, j’ai encore pleuré. J’avais tout à repasser. Aucune note positive. Deuxième claque.

Enfin, quand le rapport d’examen est tombé, j’ai pleuré. Rapport très cassant. Aucune bienveillance. Troisième claque.

Il m’a fallu 32 ans pour rater un examen. Et un échec après 32 ans de réussite scolaire, c’est plutôt violent.

J’avais pourtant tout fait pour y arriver. Mon tuteur était content de moi. Mon inspecteur, venu quelques mois plus tôt pour une simple inspection de routine, était content de moi. Mes formateurs étaient contents de moi. Ma hiérarchie était contente de moi. Je me sentais confiante. Si tout le monde y croyait, ça devait passer.

Quand j’ai échoué, ma hiérarchie n’y a pas cru. Mes proches n’y ont pas cru. Mes collègues n’y ont pas cru. Mes camarades de formation n’y ont pas cru. Et pourtant.

Quand j’ai eu mes notes, mes proches ont crié au scandale. Mes collègues ont cru à une erreur. Et pourtant.

Quand j’ai eu mon rapport d’examen, j’ai compris que l’objectif du jury n’était pas de me permettre de réussir. Juste de me casser. Pour le moment ils y sont bien arrivés.

Je n’ai pas eu mon CAPPEI parce que je suis trop jeune. Parce que je n’ai pas assez d’expérience. Parce qu’il fallait éliminer un grand nombre de candidats.

Moi, la bonne élève, la bosseuse. Celle que tout le monde voyait réussir. Et bien j’ai échoué.

Et c’est terriblement injuste. C’est comme ça, c’est la vie. Mais c’est dur.

Partager cet article
Repost0
23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 15:22

Tu connaissais mes parents depuis plus longtemps que moi. 

Tu répondais toujours "allo, qui m'appelle ?" quand tu entendais le bruit d'une bouteille qu'on débouche.

Tu éclatais de rire et ça nous faisait toujours rire.

Tu avais le coeur sur la main.

Il y avait ton frère, Bruno, qui t'appelait Nabot.

Quand Bruno faisait quelque chose de chouette, tu criais "C'est mon frère, c'est ma maman qui l'a fait". Et ça me faisait rire.

Il y avait ta voix, grave, puissante que je n'ai jamais pu réécouter.

Tu faisais le clown, et nous on riait encore.

Il y avait notre duo, à la fin de cette chanson, à la fin du spectacle.

Il y avait ce pacte entre nous : si l'un est absent, l'autre prend le relais.

Il y a eu cette fête de la musique où tu avais une extinction de voix.

Il y a eu l'annonce de Bruno deux mois plus tard quand on aurait du te revoir.

Et puis il y a eu ce jour de janvier dans une église pleine à craquer. Pour toi.

Tu me manques Pascal.

Il y avait, il y a et il y aura toujours cette chanson.

 

Partager cet article
Repost0
27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 16:39

Chez ma grand-mère, quand on était petits, ça voulait dire de l’autre coté de la terrasse. La maison mitoyenne avait été achetée par mes parents pour mes grands parents vieillissants et isolés dans leur campagne berrichonne. Ce fut le lieu de mes mercredi d’enfance. Un peu comme un voyage dans le temps dès la porte franchie.

Chez ma grand-mère, ça sentait la laque, les chats, et un peu la poussière.

Chez ma grand-mère, il y avait un buffet en bois dans lequel on trouvait plein de trésors. Une boite avec des bonbons à la violette. Une autre avec une tonne de boutons avec lesquels on jouait aux puces. Encore une autre où elle rangeait soigneusement tous les napperons qu’elle crochetait en regardant la télé.

Chez ma grand-mère, aux murs, il y avait des dessins qu’on lui avait offerts pour son anniversaire et où elle barrait soigneusement le chiffre tous les ans pour le remplacer par le bon. Et dans quelques endroits, on trouvait nos œuvres directement sur le papier peint blanc.

Chez ma grand-mère, sur les murs, on pouvait aussi voir des vieux canevas poussiéreux, représentant la campagne, des photos en noir et blanc de mes arrière-grands-parents, que je n’ai jamais connu, le dernier calendrier de la poste avec des petits chats intemporels et des cartes et des plans à l’intérieur.

Chez ma grand-mère, à coté des appareils modernes comme le téléphone où la chaine hifi, il y avait un papier explicatif, rédigé de sa main, avec son écriture reconnaissable entre mille. Comment appeler mon père, comment mettre la radio, comment écouter un message, que faire si ça clignote, …

Chez ma grand-mère, il y avait une grande armoire, avec des sacs entiers de pelotes de laine. Et une boite où elle rangeait des petits carrés qu’elle tricotait avec les chutes. Quand il y avait assez de carrés, elle en faisait des couvertures. J’en ai gardé une chez moi. Elle n’est objectivement pas très belle, mais elle est chargée de souvenirs.

Chez ma grand-mère, sur la commode de la chambre, à coté des vieilles poupées de porcelaine, on trouvait une ou deux poules en chocolat. Auxquelles elle n’avait pas touché parce que « elle est bien jolie, on ne va pas lui couper la tête quand même ».

Aujourd’hui, c’est Pâques, et je viens de sacrifier mon lapin or en pensant fort à toi, Mamie. J’espère que d’où tu es, tu ne m’en veux pas trop.

Chez ma grand-mère
Partager cet article
Repost0
20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 21:45
Say what ?

Il y a 10 ans, j'habitais en Irlande. Pour un an, pour mes études.

J'avais étudié l'anglais pendant 1 an à l'école primaire, 4 ans au collège avec l'option classe européenne, 3 ans au lycée, avec l'option spécialisée, et 2 ans en fac d'anglais donc.

Je me sentais à l'aise, capable d'affronter la vie en pays anglophone.

Quand je suis arrivée, déjà, trouver l'université m'a valu mon premier revers, et toutes les démarches avec les irlandais m'ont fait prendre conscience que l'anglais BBC soigneusement répété pendant des années n'allait pas m'être d'une grande aide.

Et cela m'a valu quelques situations cocasses.

Au moment des formalités d'inscription, je rencontre une personne qui m'indique que je dois absolument m'enregistrer au service médical des étudiants.

Je m'y rends donc et je tombe sur une secrétaire. Je me présente et j'explique la raison de ma venue.

"Hello, I'm a French student, I was told that I had to come here to register as a foreign student"

(Bonjour, je suis une étudiante française, on m'a dit qu'il fallait que je vienne m'enregistrer ici comme étudiante étrangère)

Elle ne me répond pas. Et continue à taper sur son ordinateur.

Je reprends.

"Excuse me madam ?"

(Ai-je besoin de traduire ?)

"Good afternoon, Ifiuelsiegootignemoo ?"

(Bonjour *baragouin incompréhensible à l'intonation montante comme une question*)

Je prends un air un peu surpris, je chausse mon plus bel accent français :

"I am sorry, I am French, I haven't understood what you just said, could you speak a bit slower please ?"

(Je suis désolée, je suis Française et je n'ai pas compris ce que vous venez de dire, pourriez vous s'il vous plait parler un peu plus lentement ?)

"Student card ?"

(Carte d'étudiant)

Je tends ma carte d'étudiante.

Elle tape des choses sur son ordi et reprend

"Ufomeantoyouhimebariuloho ?"

(...)

"I am really sorry but I didn't understand."

(J'ai rien compris)

"Ufomeantoyouhimebariuloho ?"

(... bis)

"..."

Elle, l'air pressé :

"Yes ? No ?"

Dans le doute, et pour ne pas l'irriter davantage, j'ai marmonné un "Yes ?"

Avec un regard compatissant, et sentant bien qu'elle passerait plus de temps à se faire comprendre, elle se lève et m'indique de la suivre.

C'est comme ça que je me suis retrouvée à faire une visite médicale facultative.

Heureusement, l'accent du docteur était plus compréhensible ...

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 21:41

Un rêve où Gilbert n'était que second rôle. Et oui, l'actrice principale de ce rêve, c'était moi. Enfin, presque moi.

Ce moi là ne regardait plus ce qu'il lui restait à faire, mais tout ce qu'elle avait déjà accompli.

Ce moi là s'arrêtait de bosser, parce que c'est bien assez comme ça, une quarantaine d'heures par semaine, et que c'est tout à fait acceptable d'arriver en classe comme ça.

Ce moi là ne culpabilisait pas d'arriver moins en forme, certains jours d'école, et d'avoir recours à des activités réprouvées par les inspecteurs de l'Education Nationale pour "occuper" ses élèves.

Ce moi là cessait de se considérer comme nulle parce qu'un simple détail de la journée avait capoté. Ou parce que même la moitié de la journée avait totalement foiré. Parce que ce moi là savait que tout ne peut pas être parfait. Ou plutôt que rien n'est jamais parfait, et qu'il faut savoir transformer en "perfection" ce qui, si on y regardait vraiment de près avec une loupe, n'en serait peut être pas.

 

Mais moi, je suis celle qui veut toujours mieux faire. Celle qui se pourrit la vie en se disant qu'avec quelques heures de travail de plus, elle aurait pu faire mieux.

Celle qui regarde ce que font les autres et voudrait en très peu de temps, atteindre l'expérience que ces autres ont mis 20 ans à construire.

Celle qui pleure d'angoisse, le dimanche soir, face à la montagne qu'elle a elle-même construite. Une montagne haute comme l'Everest pour un alpiniste débutant, n'ayant jamais gravi que les trois étages qui mènent à son appartement.

Celle qui croit encore qu'en anticipant tout, elle finira bien par éviter toutes les erreurs, tous les faux pas, tous les oublis. Et qui se croit nulle dès que ce n'est pas le cas.

Un peu comme une actrice qui penserait que sa représentation a été ratée en tous points parce qu'elle a buté sur un mot, acte 2 scène 3. Et qui ne serait plus capable de voir que son public est content.

 

Alors j'ai décidé de prendre la route. La route entre mon moi de maintenant, et le moi de mon rêve.

C'est une route qui sera longue, mais même si je n'arrive qu'à la moitié de cette route, j'aurai déjà bien changé. Et c'est ce qui compte non ?

 

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 16:03

D'abord ce furent tes mots, qui jouaient à cache cache, et fuyaient ton cerveau.

Et petit à petit, ton rire s'en est allé, laissant dans notre coeur des rides comme celles qui plissent le coin des yeux.

Voilà tellement de temps que nous n'avons plus entendu ta voix ...

 

Et puis la tempête a gagné tout ton corps, te faisant oublier jusqu'à ton port d'attache.

Te prenant tes forces, inexorablement.

Et te prenant la vie, doucement, comme on savoure un bon gâteau, jusqu'à la dernière miette.

Et petit à petit, notre coeur s'est serré, se gorgeant de chagrin de te voir t'en aller.

 

Doucement tu t'en vas.

Tu quittes chaque jour davantage le monde des vivants, celui des rires des enfants.

Nos routes se séparent.

Parfois, dans un regard, nous partageons encore une dernière émotion. 

Mais ouvrir les yeux est tellement fatigant ... 

 

Doucement tu t'en vas.

Jamais tu ne verras cette nouvelle branche de l'arbre que tu as planté.

Ce petit bout de femme qui récemment est né.

Ton arrière-petite fille n'aura jamais la chance de sentir ton regard, d'entendre le son de ta voix.

 

Et nous, grands enfants que nous sommes, nous regardons partir pour son dernier voyage,

Le dernier matelot d'un si bel équipage.

Les yeux vers l'horizon, c'est là qu'est ton destin.

Le vent, à chaque souffle, t'emporte loin de nous.

Partager cet article
Repost0
7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 20:04

Dans la cour de l’école, il y a 5 élèves.  Ces élèves-là ne s'appellent pas Gilbert. Ils ont des prénoms un peu exotiques : Talatrouille, Fauktycroi, Taltemps, Tékao et Fausbouger. Il n'y a que 5 élèves, et pourtant, la maîtresse est un peu débordée. Talatrouille s’est battu avec Tékao, et comme d’habitude, c’est Tékao qui a gagné. Du coup, Talatrouille a mal, et il braille. Talatrouille braille tellement fort qu’on n’entend plus que lui sur la cour. Tékao, lui, est très fier, il parade devant les autres : « Je suis bien plus fort que vous, qui veut encore se battre avec moi ? ». Mais les autres se font petits, ils ont bien remarqué que Talatrouille a pris une sacrée raclée.

 

La maîtresse, elle, se sent totalement débordée. Les cris de Talatrouille l’empêchent d’entendre les autres parler.  Et pourtant, Fauktycroi, malgré sa petite taille, tente de lui dire « Vas-y maîtresse, accroche toi, tu vas réussir à le calmer, Talatrouille. »

 

Il est sympa Fauktycroi. Il a juste un peu de mal à s’imposer, dans cette bande d’élèves qui ont tous une forte personnalité. Des fois, quand Tékao est calme, il prend pourtant le dessus sur ses petits camarades. Il remet Talatrouille à sa place, quand il a tendance à parler un peu trop fort, un peu trop souvent. Il discute avec Taltemps et Fausbouger de ce qu’ils peuvent faire ensemble. La maîtresse réussirait presque à croire qu’elle s’en sort bien, pour gérer ce petit groupe. 

 

Mais aujourd'hui, à cause de la bagarre, rien ne va plus. On n'entend plus Fauktycroi, Fausbouger se tait aussi, et la maîtresse ne sait plus trop quoi faire. Tékao pète la forme, il court partout et épuise tout le monde. Et Taltemps lui répète en boucle "il va encore pleurer longtemps, Talatrouille ? Dis, maîtresse, il va encore pleurer longtemps ?"

 

Ils sont un peu fatigants, pour la maîtresse, ces élèves. 

Partager cet article
Repost0
5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 18:21

Marre de me dire "encore 3 mois à tenir".

Marre de ces collègues malveillantes.

Marre d'aller bosser à contrecoeur, de bosser en mode "automatique", coupée de tous sentiments pour éviter d'être débordée par eux.

Marre qu'on me dise "Que veux-tu pour la mutation ?" . 

Marre d'attendre. Pour changer de niveau, pour la prochaine session de formation, pour voir mon accompagnateur.

 

Je ne veux pas d'élèves, pas pour l'instant.

Je veux repenser mon projet professionnel.

Je veux qu'on me dise "Tu serais douée pour ça" "On va t'aider" "Tu vas y arriver".

Je veux du temps pour moi, pour réfléchir à tout ça. Du temps sans Gilbert, que j'aime de plus en plus en tant qu'enfant, de moins en moins en tant qu'élève. 

 

Ce "tout sauf prof" qui me hante me fait peur.

Ces matins de plus en plus difficiles me font peur.

Ces trois mois à "tenir" me font peur.

 

J'aimerai juste qu'on m'aide à réfléchir à tout ça autrement qu'une fois tous les 2 mois. Comme si mon cerveau se mettait en pose entre deux entretiens.

Partager cet article
Repost0