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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 21:04

En avril, quand on était tout près de rouvrir les écoles, ma directrice m'a dit "C'est la galère, l'AESH de Gilberte ne revient pas. Ses enfants ne sont pas prioritaires."

Gilberte, c'est la fille de ma collègue de CP. Une gamine adorable. Avec un trouble autistique très envahissant. Gilberte a 9 ans, elle ne parle pas, elle fait des gros câlins à tout le monde, et semble très heureuse à l'école. Ne nous voilons pas la face, le handicap de Gilberte est lourd. Et la pénalise beaucoup dans les apprentissages. En classe, sans une personne directement avec elle, à lui tenir la main, à guider chacun de ses gestes, à capter son attention, Gilberte serait un électron libre. Avec la patience de son accompagnante, elle peut travailler pendant 2h, parfois plus, sur des apprentissages adaptés, au milieu de sa classe de CE. Gilberte a un besoin essentiel de son aide. Pas d'aide, pas d'école. Et ça, c'est triste. Et en plus, comme sa maman est notre collègue, si Gilberte ne vient pas à l'école, sa maman non plus. D'où la galère.

Alors quand ma directrice m'a dit ça, j'ai dit "Ben sinon, je peux m'occuper de Gilberte le jour où je suis à l'école ?" Un peu parce que sa maman est ma collègue. Beaucoup parce que ça me révolte et me met vraiment en colère quand on refuse l'école à un enfant parce qu'il est handicapé.

Ma collègue a dit "t'es sûre ?"

Ma directrice a dit "t'es sûre ?"

 

Et moi j'ai dit "Bah oui !"

 

Après 2 mois de confinement, le retour à l'école de Gilberte a été compliqué. Imaginez un peu, 2 mois à la maison avec ses parents, tranquille pépère, peu de contact avec l'extérieur qui est si compliqué à gérer pour elle. Et puis le retour à l'école, plein de monde, mais plus tous les copains, on l'aide à se laver les mains en arrivant, les maîtresses ont un masque, et en plus, pas son aide chérie.

Parfois, on a réussi à travailler, 15-20 minutes, et puis c'en était trop pour elle, trop de nouveautés, trop de choses bizarres. C'était dur. Après, il fallait lutter. Attention Gilberte, ne monte pas sur ta table, tu vas te faire mal, allez, viens, descend, non, ne mange pas ton feutre, non, tu n'as pas le droit d'enlever mon masque ... J'ai lutté, avec elle, pour qu'elle soit le mieux possible. Parce que c'est son droit.

Et puis enfin, lundi, les enfants de son aide ont pu retourner à l'école, et son aide a pu revenir. J'aurais aimé pouvoir vous décrire le regard de Gilberte quand elle a vu son aide. Mélange de bonheur, d'admiration, de soulagement, d'amour. Les retrouvailles qu'il aurait fallu faire il y a 1 mois.

Depuis le retour de son aide, Gilberte travaille 2h30 sans tenter de se faire mal. Gilberte a retrouvé son plaisir de venir à l'école. Et c'est tellement chouette à voir !

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