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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 09:27

Quand j’étais petite, en CP ou CE1, j’ai déclaré à mes parents que quand je serai grande, j’aurai 23 enfants, et je leur ferai la classe tous en même temps.

Et je pense qu’en fait, je n’en aurai aucun.

Je ne veux pas d’enfants.

La bascule entre 23 et 0 s’est faite assez rapidement. J’ai assez vite compris que 23, ça n’allait pas être jouable. Et que de toute façon, je ne pourrais pas avoir 23 enfants du même âge pour leur faire la classe. Alors je disais que j’en aurai un. C’est bien un. Il ne peut pas se disputer avec ses frères et sœurs.

Et puis, plus tard, j’ai découvert qu’on n’était pas obligé d’en faire. Qu’il y avait des adultes qui vivent sans enfants, qui sont heureux comme ça. Ça m’a un peu chamboulée. Je n’étais plus vraiment sûre d’en vouloir. Et puis je n’étais pas en couple, alors de toute façon, ça ne m’attirait pas plus que ça.

Et pourtant, j’adore les enfants. Je travaille avec des enfants, et j’adore ça. J’ai 3 nièces et un neveu que j’adore aussi. Je prends un plaisir infini à jouer avec eux, à leur faire des papouilles sur le ventre en les sortant du bain, à les voir grandir, apprendre, changer. J’adore ces moments de complicité entre eux et moi quand leurs parents me les confient, j’adore être la tata gaga qui couine devant les photos souriantes de bébés sans dents, ou devant celles toutes aussi édentées de la plus grande de mes nièces qui attend la petite souris.

J’ai été chamboulée dans ma conviction de ne pas vouloir d’enfants au moment de la naissance de la fille de mon frère. Je changeais de côté. Je devenais la seule sans enfants de ma famille. J’ai même cru en vouloir un moment parce que ça serait cool il ou elle aurait des cousins et cousines, on partagerait des choses avec mon frère et ma sœur. Et puis non. Cette naissance m’a chamboulée, et cette nièce qui habite tout près de chez moi tient une place particulière dans mon cœur. Probablement parce qu’elle est née juste au moment où je me prenais une très grosse claque professionnelle. Probablement parce qu’elle m’a aidée à ne pas sombrer dans le désespoir. Probablement parce que je la vois grandir tout près, et que ça change un peu les choses.

Mais le temps a passé, le choc de sa naissance est passé. Les questions se sont intensifiées. Est-ce que j’en veux ? Pourquoi ? Et Lui, est-ce qu’il en veut ? Est-ce qu’on serait deux dans ce projet ?

Et plus les questions se posaient, plus les réponses se faisaient précises. Je ne crois pas que j’en veux. Pour plein de raisons différentes. Lui n’en veut pas, il dit qu’il me soutiendra si c’est mon projet et mon désir. Mais l’est-ce vraiment ? Je ne crois pas.

 Ça me fait un peu peur d’assumer ma non parentalité. Socialement, j’arrive à un âge où les questions se font pressantes. Je suis en couple depuis un moment, alors quoi ? Quand est-ce qu’on va faire des enfants ?

Et si la réponse était "jamais" ? Et si ça ne faisait pas partie de nos projets ? Et si notre vie pouvait être tout aussi heureuse sans enfants ?

Je ne crois pas que je pourrais être heureuse avec un enfant. Je crois que le poids de la maternité serait trop lourd à porter pour moi. Je suis déjà bourrée d’angoisses sur la santé de mes proches, sur la mienne aussi, qu’en serait-il avec un petit bout dont j’aurais l’entière responsabilité ? Que je devrais mettre au monde ? Dont je devrais gérer l’éducation, la santé, le développement, la culture et plus tard les études ? Tout ceci me semble impossible. Je ne pourrai pas faire ça sans compromettre ma propre santé, physique mais surtout psychique. Et pourquoi mettre au monde un enfant ? Pour quoi faire ? Le monde dans lequel nous vivons est fou. On ne sait pas ce qu’il sera dans 10 ans, 20 ans. On a déjà trop de monde sur notre pauvre planète que nous exploitons jusqu’à la moelle au point de la mettre en danger. De nous mettre en danger.

Je ne suis pas quelqu’un de fondamentalement optimiste. Je n’ai pas assez d’espoir pour croire que les générations futures auront l’énergie et les ressources pour inverser le cours des choses. Je n’ai pas assez confiance pour me dire que mon éducation sur un petit être à naitre pourrait lui permettre de s’en sortir dans ce monde en perpétuel changement.

Je ne veux pas d’enfant parce que je n’en ai pas vraiment envie, et que ma vie, dans le monde d’aujourd’hui, ne me pousse pas dans ce sens. Je suis globalement heureuse dans ma vie. Je suis entourée d’enfants, que je vois grandir, pour lesquels je participe, à ma manière, à leur éducation. Je pense à mes nièces et mon neveu, je pense aussi, beaucoup, à tous les enfants qui me sont confiés à l’école. Je sais ce que c’est qu’accompagner la vie d’un enfant. Je sais les beaux moments, je sais la magie de ce lien entre la mère et son enfant. Je le vois autour de moi, et je l’ai vécu avec une mère aimante, qui s’est battue, elle, pour avoir des enfants, parce que c’était son désir profond, et celui de mon père. Je ne peux qu’imaginer la force du lien qui lie une mère à son enfant, mais je sais celui qui lie un enfant à sa mère. Et pourtant, je ne veux pas d’enfant.

On me dit souvent « mais tu n’as pas peur de regretter ? ». Bien sûr que j’ai peur de regretter. Mais j’ai autant peur de regretter de ne pas en avoir fait que de regretter d’en avoir un. Il me semble tout aussi difficile et définitif de choisir de faire un enfant que de choisir de ne pas en faire. Dans mon cas, la balance penche du côté du non.

J’espère pouvoir rester la tata présente, celle chez qui on vient en vacances, celle qui dépanne un week-end, une soirée, un mercredi, quand la nounou est malade ou quand les parents ont besoin d’une pause. J’espère que je ne regretterai pas mon choix. J’espère que je verrai grandir mes neveu et nièces et qu’ils n’oublieront pas leur vieille tante quand nos parents ne seront plus là pour réunir toute la famille autour d’eux. J’espère qu’on vivra encore des moments magiques en famille, avec eux, avec mon frère, avec ma sœur, avec leurs si beaux enfants, mes amours de nièces, mon amour de neveu.

J’espère.

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commentaires

Vaea 22/06/2021 20:20

Mais… deuxième article qui résonne énormément chez moi ! WoW. Comme toi je ne pense pas vouloir d’enfants, et quoi qu’il arrive je sais que je ne pas capable de bien m’en occuper, et j’ai trop vécu une enfance de merde pour prendre le moindre risque.
Mais on final on se sent un peu honteuse & on repousse tous les gens qui s’intéressent à nous parce qu’on se dit que s’ils le découvrent ils vont pas aimer…

Fafa 21/12/2020 21:49

Merci pour ce texte, que j'aurais pu écrire mot pour mot.
Moi aussi j'espère ne pas regretter, apprivoiser ma solitude quand elle est là. Paradoxalement, les évènements que nous vivons actuellement me dévoilent ma force, mes ressources suffisantes pour ne pas sombrer. La responsabilité d'un enfant me semble tellement plus angoissante que la solitude.
Moi aussi j'espère voir mes nièces grandir, même si nous ne vivons pas à côté.
Amitiés

Camo 17/01/2020 12:16

Merci merci merci pour ce partage, tu n'as pas idée <3

Céline 06/01/2020 14:31

J'ai un oncle et une tante qui n'ont jamais voulu d’enfants. Et oui, si nous passons près de chez eux pendant les vacances , nous nous arrangeons toujours pour passer un super moment avec eux, nous fêtons toujours Noël avec eux. Si les liens sont là dès l'enfance, je pense que ça continue forcément toute la vie !
ce choix est difficile mais quel qu'il soit il sera le bon !