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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 19:56

Quand j'étais jeune enseignante, je voulais être expérimentée. Là. Maintenant. Tout de suite. C'est trop dur de commencer, de ne rien savoir, de voir les collègues y arriver et de ne pas y arriver soi même.

Quand j'étais jeune enseignante, je me trouvais nulle (et puis mon directeur aussi, mais ça c'est une autre histoire, il était maltraitant). Je le croyais quand il me disait que c'était à cause de moi qu'on allait fermer une classe.

Quand j'étais jeune enseignante, je pensais que mes élèves n'avaient pas de chance de m'avoir comme maîtresse, parce qu'avoir une maîtresse comme moi, ils allaient en ressentir les conséquences toute leur scolarité, c'était sur.

Quand j'étais jeune enseignante, je pensais que ce qu'on m'avait appris à l'école était faisable. Qu'il fallait que je rédige pour chaque minute de classe une fiche de préparation, une fiche de séquence, une fiche de séance, un cahier journal, une fiche pour les rituels. Alors je bossais, comme une folle, tous les soirs, tous les week-ends, toute la vie. Et parfois, j'avais passé tout mon dimanche à rédiger une fiche de séquence, de séance et tout et tout. Et le lundi matin, rien ne marchait comme je voulais, et il fallait revoir toute la séquence, jamais ça n'irait comme ça.

Quand j'étais jeune enseignante, j'ai fait des erreurs. Et je m'en suis voulue. Et un jour, j'ai même écrit une lettre pour démissionner de mon métier. Il valait mieux que j'arrête, pour les enfants. Et puis un peu pour moi aussi, parce que pleurer tous les matins en allant bosser ça n'était plus possible.

Quand j'étais jeune enseignante, je me suis épuisée à la tâche. Et j'ai failli y laisser ma vie.

 

Je ne suis plus jeune enseignante. Je suis toujours jeune, mais j'ai fait cette année ma dixième rentrée.

Je voudrais m'adresser à celle que j'étais il y a 10 ans, ou même 9, 8, 7  ans. La débutante. Et aux débutants qui se reconnaitraient dans mon histoire.

 

Nous faisons un métier formidable. Formidablement envahissant. Formidablement enrichissant. Formidablement humain. Nous rapportons à la maison nos cahiers, nos préparations, et des petits bouts de nos élèves (non, je n'ai pas un bras de Gilbert dans mon cartable). Leurs histoires nous suivent. Nous hantent parfois. Nous donnons de notre personne dans notre travail. Et nous mettons du travail dans notre vie personnelle. C'est souvent difficile de cloisonner les deux. Parce que si on n'est pas un peu humain, on fait mal notre travail.

Luttez contre la petite voix qui vous pousse à en faire toujours plus. Luttez contre vos CPC, inspecteurs ou directeurs qui vous demandent toujours plus. Luttez contre vous-même et faites confiance à vos aînés (ou du moins à ceux qui ne vous veulent aucun mal).

Nous passons notre temps à dire à nos élèves qu'il faut prendre son temps, ne pas monter les marches trop vite. Nous passons du temps à établir des progressions pour nos élèves, à se dire que logiquement, avant d'apprendre à poser des additions, il faut savoir compter. Ayons cette même démarche pour nous. Un métier s'apprend. Pas en un an sur les bancs de l'ESPE, mais tout au long de notre vie. Vouloir tout faire, tout réinventer, tout mettre en place la première année, c'est comme vouloir courir un marathon le premier jour de course à pied. C'est épuisant et c'est dangereux.

Pourrions nous nous déplacer à travers toute la planète et même au delà si à chaque génération nous avions du réinventer la roue ? Probablement pas. Nous sommes des milliers, à enseigner à des millions d'élèves. Les programmes sont les mêmes dans toute la France. Alors, comme diraient les Shadoks : POMPEZ.

Le maître mot c'est la mutualisation. Allez voir chez Lutin Bazar, Charivari ou autres Bout de Gomme. Découvrez les outils qu'elles proposent. Essayez les, doucement. Commencez par en choisir un qui vous parle, et testez. Ça vous convient ? Super. Ça ne vous convient pas ? Tant pis, essayez en un autre. Choisissez un domaine, deux maxi, et testez. Pour le reste, appuyez vous sur les méthodes qui marchent et qui sont reconnues depuis longtemps. Les manuels sont de bons supports. Pas parfaits, mais suffisants. Vous aurez tout le temps d'innover quand vous serez plus à l'aise, plus expérimentés.

Prenez le temps de progresser. Et mesurez vos progrès, c'est valorisant et ça fait plaisir. Et surtout n'oubliez pas : c'est beaucoup plus facile d'aider les élèves à s'épanouir quand on a eu du temps pour des loisirs. Si vous arrivez détendu, ils le seront aussi.

Courage, vous allez y arriver !

 

 

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Published by Ninoche - dans A l'école
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commentaires

Steph 22/09/2017 21:20

Merci ! Je me reconnais complètement dans la jeune enseignante T1 balancée sur une classe de double niveau le 30/08, et qui bosse tous les jours et le WE de 8h du matin à 2h30 du matin. Et qui a l'impression de ne pas être à la hauteur...
Ca fait du bien de lire ce genre de texte...

Ninoche 24/09/2017 22:40

Je ne peux que te recommander de te préserver. Te tuer au boulot ne te rendra pas meilleure. Courage !

Helene 20/09/2017 13:31

Merci pour ce texte si réaliste :-)

Ninoche 21/09/2017 12:14

Merci à toi Hélène !

Qui Est Gilbert ?