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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 19:56

Quand j'étais jeune enseignante, je voulais être expérimentée. Là. Maintenant. Tout de suite. C'est trop dur de commencer, de ne rien savoir, de voir les collègues y arriver et de ne pas y arriver soi même.

Quand j'étais jeune enseignante, je me trouvais nulle (et puis mon directeur aussi, mais ça c'est une autre histoire, il était maltraitant). Je le croyais quand il me disait que c'était à cause de moi qu'on allait fermer une classe.

Quand j'étais jeune enseignante, je pensais que mes élèves n'avaient pas de chance de m'avoir comme maîtresse, parce qu'avoir une maîtresse comme moi, ils allaient en ressentir les conséquences toute leur scolarité, c'était sur.

Quand j'étais jeune enseignante, je pensais que ce qu'on m'avait appris à l'école était faisable. Qu'il fallait que je rédige pour chaque minute de classe une fiche de préparation, une fiche de séquence, une fiche de séance, un cahier journal, une fiche pour les rituels. Alors je bossais, comme une folle, tous les soirs, tous les week-ends, toute la vie. Et parfois, j'avais passé tout mon dimanche à rédiger une fiche de séquence, de séance et tout et tout. Et le lundi matin, rien ne marchait comme je voulais, et il fallait revoir toute la séquence, jamais ça n'irait comme ça.

Quand j'étais jeune enseignante, j'ai fait des erreurs. Et je m'en suis voulue. Et un jour, j'ai même écrit une lettre pour démissionner de mon métier. Il valait mieux que j'arrête, pour les enfants. Et puis un peu pour moi aussi, parce que pleurer tous les matins en allant bosser ça n'était plus possible.

Quand j'étais jeune enseignante, je me suis épuisée à la tâche. Et j'ai failli y laisser ma vie.

 

Je ne suis plus jeune enseignante. Je suis toujours jeune, mais j'ai fait cette année ma dixième rentrée.

Je voudrais m'adresser à celle que j'étais il y a 10 ans, ou même 9, 8, 7  ans. La débutante. Et aux débutants qui se reconnaitraient dans mon histoire.

 

Nous faisons un métier formidable. Formidablement envahissant. Formidablement enrichissant. Formidablement humain. Nous rapportons à la maison nos cahiers, nos préparations, et des petits bouts de nos élèves (non, je n'ai pas un bras de Gilbert dans mon cartable). Leurs histoires nous suivent. Nous hantent parfois. Nous donnons de notre personne dans notre travail. Et nous mettons du travail dans notre vie personnelle. C'est souvent difficile de cloisonner les deux. Parce que si on n'est pas un peu humain, on fait mal notre travail.

Luttez contre la petite voix qui vous pousse à en faire toujours plus. Luttez contre vos CPC, inspecteurs ou directeurs qui vous demandent toujours plus. Luttez contre vous-même et faites confiance à vos aînés (ou du moins à ceux qui ne vous veulent aucun mal).

Nous passons notre temps à dire à nos élèves qu'il faut prendre son temps, ne pas monter les marches trop vite. Nous passons du temps à établir des progressions pour nos élèves, à se dire que logiquement, avant d'apprendre à poser des additions, il faut savoir compter. Ayons cette même démarche pour nous. Un métier s'apprend. Pas en un an sur les bancs de l'ESPE, mais tout au long de notre vie. Vouloir tout faire, tout réinventer, tout mettre en place la première année, c'est comme vouloir courir un marathon le premier jour de course à pied. C'est épuisant et c'est dangereux.

Pourrions nous nous déplacer à travers toute la planète et même au delà si à chaque génération nous avions du réinventer la roue ? Probablement pas. Nous sommes des milliers, à enseigner à des millions d'élèves. Les programmes sont les mêmes dans toute la France. Alors, comme diraient les Shadoks : POMPEZ.

Le maître mot c'est la mutualisation. Allez voir chez Lutin Bazar, Charivari ou autres Bout de Gomme. Découvrez les outils qu'elles proposent. Essayez les, doucement. Commencez par en choisir un qui vous parle, et testez. Ça vous convient ? Super. Ça ne vous convient pas ? Tant pis, essayez en un autre. Choisissez un domaine, deux maxi, et testez. Pour le reste, appuyez vous sur les méthodes qui marchent et qui sont reconnues depuis longtemps. Les manuels sont de bons supports. Pas parfaits, mais suffisants. Vous aurez tout le temps d'innover quand vous serez plus à l'aise, plus expérimentés.

Prenez le temps de progresser. Et mesurez vos progrès, c'est valorisant et ça fait plaisir. Et surtout n'oubliez pas : c'est beaucoup plus facile d'aider les élèves à s'épanouir quand on a eu du temps pour des loisirs. Si vous arrivez détendu, ils le seront aussi.

Courage, vous allez y arriver !

 

 

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 15:22

Tu connaissais mes parents depuis plus longtemps que moi. 

Tu répondais toujours "allo, qui m'appelle ?" quand tu entendais le bruit d'une bouteille qu'on débouche.

Tu éclatais de rire et ça nous faisait toujours rire.

Tu avais le coeur sur la main.

Il y avait ton frère, Bruno, qui t'appelait Nabot.

Quand Bruno faisait quelque chose de chouette, tu criais "C'est mon frère, c'est ma maman qui l'a fait". Et ça me faisait rire.

Il y avait ta voix, grave, puissante que je n'ai jamais pu réécouter.

Tu faisais le clown, et nous on riait encore.

Il y avait notre duo, à la fin de cette chanson, à la fin du spectacle.

Il y avait ce pacte entre nous : si l'un est absent, l'autre prend le relais.

Il y a eu cette fête de la musique où tu avais une extinction de voix.

Il y a eu l'annonce de Bruno deux mois plus tard quand on aurait du te revoir.

Et puis il y a eu ce jour de janvier dans une église pleine à craquer. Pour toi.

Tu me manques Pascal.

Il y avait, il y a et il y aura toujours cette chanson.

 

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Published by Ninoche - dans Ma petite vie
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 11:35

Il est 9h30, mes CP sont concentrés sur un texte de lecture, je savoure une petite pause tout en circulant entre les rangs.

Gilbert aussi est concentré, mais je remarque, de loin, qu'il est le seul à ne pas lire en suivant les mots avec le doigt. Je m'approche. Gilbert est rouge écarlate. Sur son front, de grosses gouttes. 

"Gilbert, je préfèrerais que tu lises ton texte"

Il sort prestement les deux mains de son pantalon et se remet au travail.

 

Il est 10h15, mes CP sont en pleine application sur un exercice d'écriture. Je compte les minutes jusqu'à ma pause récré. 

Gilbert se tortille sur sa chaise. Je m'approche. A nouveau, il est rouge écarlate, le front perlé de sueur.

"Gilbert, tu as besoin d'aller aux toilettes ?"

Il se redresse, fait non de la tête et se remet au travail.

 

Il est 11h45, mes CP sont en plein exercice de maths. Je profite de deux minutes de calme en pensant à mon déjeuner. 

Gilbert ne compte pas sur ses doigts, ils sont occupés ailleurs. Dans la classe, la concentration est telle qu'on entendrait une mouche voler. Mais on entend Gilbert, qui pousse de petits gémissements à intervalles réguliers.

A midi, j'interpelle Gilbert : "Tu sais, ces envies que tu as, elles sont normales, mais tu ne dois pas faire ça en classe, c'est privé"

 

J'aurais aimé que Gilbert me comprenne, mais au bout de plusieurs rappels, j'ai fini par prendre rendez-vous avec les parents de Gilbert. 

"Euuuh madame, monsieur, je vous ai demandé de venir parce que Gilbert se masturbe en classe, ça commence à être embarrassant."

 

Il y a des entretiens de parents, quand on débute dans le métier, on ne s'attend pas à devoir les mener. 

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 21:41

... juste en manque d'inspiration et légèrement débordée !

Je ne suis même pas en retard pour vous souhaiter une bonne année 2017 ! Qu'elle vous apporte le meilleur, à vous et à vos enfants ! Une année sans mutation, ou avec celle que vous désiriez depuis longtemps, comme celle que j'ai obtenu en 2016.

 

Et oui, j'ai un peu changé de boulot en septembre, je m'occupe toujours de Gilbert, mais uniquement quand il est en grande difficulté scolaire. Ça rajoute un peu de défi, et moi, j'adooooooore les sushis les défis !

 

Prenez un élève de 11 ans, ajoutez une bonne louche de dyslexie, une pointe de caractère bien trempé et quelques années d'échec scolaire. Le défi, c'est de lui permettre de lire suffisamment correctement pour se débrouiller dans la vie.

Prenez un élève de 7 ans, ajoutez une grosse myopie non détectée en CP, trois cuillères à soupe de découragement, mélangez bien et servez frais. Le défi, c'est de lui permettre de lire grâce à ses nouvelles lunettes.

Prenez un élève de 9 ans, ajoutez un énorme sourire, un gros soucis de bien faire, saupoudrez de bonnes difficultés scolaires, et terminez avec une compréhension hachée (très très hachée). Le défi, c'est de lui permettre d'accéder à une section spécialisée qui sera plus adaptée à ses capacités. 

 

Voilà mon quotidien depuis septembre. En vrai, je m'éclate. Malgré les 45 à 60 minutes de route matin et soir. Malgré les 5 écoles différentes entre lesquelles je navigue. Je rencontre des enfants incroyables qui se dépassent, des instits incroyables qui donneraient tout pour leurs élèves, des écoles incroyables, nichées au fin fond de la campagne.

Je (re)découvre le travail d'équipe, ici la psychologue scolaire, là l'orthophoniste de Gilbert qui me donne des conseils, et encore là bas, l'enseignante en rééducation (Espèce en voie de disparition), la psychomotricienne, l'infirmière scolaire, les assistantes sociales.

 

Bon, tout le monde est là, alors maintenant, pour Gilbert, on fait quoi ?

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 10:32

Alors Gilbert, comment s'appelle le petit du lapin ?

Le lapinou ?

Non Gilbert, on dit le lapereau !

 

Aaaaaaah comme quand y'a des gens qui viennent boire à la maison !

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 19:00

Qu'est ce qui vous rend heureux ?

Pas facile cette question hein. Moi je suis un peu maso, je l'ai posée à mes élèves en ce début d'année.

En projet d'écriture, je leur ai même demandé de m'écrire leur recette du bien-être. J'avoue que le moment de la correction a été particulièrement savoureux. Voici donc quelques extraits.

 

Prenez un très très grand saladier et les ingrédients suivants :

- du chocolat (plein, selon les recette, ça va de 4kg à plusieurs tonnes)

- des copains

- des récréations

- une console

- de la famille

N'oubliez pas les vacances hein !

Mais aussi :

"1 000 000 000 tonnes de sagesse et 1 000 000 000 ... 000 tonnes de bêtises"

"100 000 g de paix avec ma sœur"

"des gentilles maîtresses"

 

Quelques ingrédients précieux viennent parfois s'immiscer dans leurs recettes :

de la paix, du "non à la guerre", du sourire, du plaisir, des rires, et de l'amour, bien sur.

 

Vient ensuite la réalisation de la recette.

Il y a la version courte, mais adorable "Mélangez le tout dans un câlin pendant 2h"

La version un peu violente : "Rajoutez les maîtresses, mélangez et une heure de cuisson"

La version trash : "Mettez la famille au micro-ondes avec la danse"

Très trash : "coupez jusqu'à en faire de la bouillie"

 

Et hop, au four !

 

Gilbert vous souhaite bon appétit !

 

(et parce qu'avec les fautes d'origine, c'est encore plus savoureux, quelques images ci-dessous)

La recette du bien-être
La recette du bien-être
La recette du bien-être
La recette du bien-être
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:49

Lundi matin, 8h30, je monte dans ma voiture. Une pointe de nostalgie s'empare de moi. Une pointe d'envie aussi. Ça y est, je vais retrouver mes collègues, c'est le jour de la pré-rentrée.

9h, tout le monde est en salle des profs. Ou presque. Avec une tasse à la main, on se raconte nos vacances. Ah, ton petit dernier a eu la varicelle ? Pas de chance ! Ah, tu as passé tes vacances aux Antilles ? J'avais oublié que ton mari est banquier ! Il y a les collègues bronzées qui ne sont visiblement pas parties au même endroit que moi. Celles toujours motivées, déjà presque assises autour de la table de réunion. Celles (comme moi) qui auraient bien pris un petit rab de sommeil ce matin.

9h30 le café est fini, la directrice use de toute sa diplomatie pour nous faire asseoir. On s'y met.

- "A la rentrée des directeurs, ils nous ont parlé du PPMS, il va falloir qu'on en discute. Vous avez entendu, il va falloir faire un exercice "intrusion attentat" avant la Toussaint.

- Mais l'an dernier, on avait déjà fait un exercice de confinement, ça change quelque chose ?

- Il va falloir se préparer éventuellement à évacuer les élèves. Bon, si on reprend la trame de celui de l'an dernier Géraldine, tu rejoins Stéphanie dans sa classe. Martine, tu rejoins Marie-Françoise. Et toi Ninoche ? Euuuh ben ta classe c'est le pré-fabriqué au milieu de la cour, dans une hypothèse d'attentat ...

- Et si le tireur fou rentre par en haut, la porte de la cantine ? Et si ...

- On a l'obligation d'afficher un panneau PPMS en cours, qui se dévoue pour traverser la cour et aller l'accrocher au portail ?

- Je vous rappelle que vous avez du scotch dans les boites, pour calfeutrer les fenêtres.

- Oui, mais il est pas assez large pour les fenêtres coulissantes, on avait essayé l'an dernier.

- Euuuh oui, mais dans le commerce ils font pas plus large.

- Arf, pas grave alors."

 

Je vous épargnerai l'heure et demi de discussion sur le sujet, le dilemme sur "je préviens un max de personnes en même temps en sonnant la cloche mais du coup je me fais repérer par le tireur.", les questions du genre "et si Mme Michu vient chercher Gilbert pour sa séance d'orthophoniste au milieu du PPMS ?", les interrogations sur comment "entrainer les élèves à réagir de façon appropriée" sans créer un climat de peur ...

Heureusement que l'inspecteur insiste pour qu'on fasse en sorte que l'enfant trouve à l'école un espace sécurisant.

 

Finalement les nouveaux programmes, c'est passé comme une lettre à la poste parce qu'après toutes ces émotions, on avait plus vraiment le temps de débattre de la réforme. Et que pour une première matinée, on allait quand même pas rater la pause café.

 

Pas de doute, cette année, on va bien s'amuser ...

La pré-rentrée comme si vous y étiez
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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 12:57

8h45 : la cloche sonne. D'un pas alerte, je rejoins mes élèves. Fait notable, ce matin, ils sont presque rangés quand j'arrive. Il faut croire qu'ils sont fatigués de jouer.

9h : J'ai fait l'appel, distribué les courriers, récupéré l'argent de la tombola, présenté le programme du jour.

9h15 : J'ai tout bien expliqué, réexpliqué, fait reformulé par deux élèves les exercices de l'évaluation de géométrie.

9h16 : La maman de Gilbert frappe. Ah oui, c'est vrai, il va chez l'orthophoniste. Un jour, j'arrêterai d'oublier et de programmer une évaluation à ce moment là.

9h30 : Les premiers élèves terminent leur évaluation.

9h45 : Les derniers élèves terminent leur évaluation.

J'organise une minute de détente (automassages, percussions corporelles) et je lance la séance de grammaire.

Au programme, réactivation de la séance de la semaine passée sur les variations du verbe en fonction du temps.

10h : Gilbert rentre de chez l'orthophoniste. Je lui réexplique le tout et je continue. Je donne une phrase, ils la transforment en changeant "maintenant" par "hier" ou "demain". Gilbert ne dit rien et regarde dehors.

Je baisse le store, réexplique, fait reformuler l'exercice par deux élèves, et demande à Gilbert "Alors, si je dis "Hier je chanterai une chanson" ça te semble possible ?".

Regard vide.

"Gilbert ? ça se dit "Hier je chanterai une chanson??".

Le voisin de droite répond "BAH NON".

Du coup, je change d'exemple. "Gilbert, est ce qu'on peut dire "Demain, j'étais en vacances ?".

Le voisin de derrière répond "Bah non".

Gilbert répète "non".

J'encourage, je valorise "OUIII Biiiiien, pourquoi on peut pas ? Qu'est ce qu'on dirait ?"

"On peut pas parce que les vacances c'est pas demain."

 

 

Une matinée ordinaire
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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 21:02

Avec Gilbert, cette semaine, on est allés à la mer. Petite sortie découverte du littoral et pêche à pieds. Des journées comme ça c'est super, ça nous sort de la classe et ça permet aux enfants de découvrir des choses différentes, d'apprendre dans un autre cadre.

8h15 : Le car est à l'heure. Gilbert presque. Sa maman lui rappelle bien fort à coté de moi qu'il faut bien attacher sa ceinture dans le car.

"Non mais on vérifie madame, ne vous inquiétez pas"

Les parents présents chargent les sacs des enfants dans les soutes du car. En vrac.

Les enfants récupèrent le badge contenant leur prénom, le numéro de l'école et le mien, au cas où l'un d'eux se perde, histoire que ça ne soit pas définitif. Ils montent dans le car. Ça crie, ça court, ça rigole dans tous les coins. Bref, c'est un départ de sortie scolaire tout ce qu'il y a de plus classique.

Petit coup de stress quand tu te rends compte que le seul gamin que tu n'as pas badgé c'est celui qui doit venir accompagné de son papa.

Mais ça va, ils arrivent quelques minutes plus tard.

On compte on recompte. Et on part.

8h40 : le niveau sonore au fond du car frôle celui du Hellfest. Gilbert appelle un accompagnateur. A force de se tourner et de gigoter dans tous les sens (limité par la ceinture, on est pas des malades), il a un peu mal au ventre. Je dégaine le sac à vomi, rapatrie le gamin devant, l'incite fortement à ne pas rendre son petit déjeuner en restant calme et en regardant devant.

 

10h : On arrive à la mer. Il était temps. Ça fait 45 minutes que les mômes demandent toutes les trois minutes "et c'est quand qu'on arriiiiiiiive ?". Ça fait 30 minutes que, lassés d'attendre en ne faisant que brailler, ils ont décidé de reprendre en intégralité le répertoire de Louane et Kids United. Nerveusement, c'est dur. 5 minutes avant la fin, l'apothéose. Gilbert remarque qu'on roule à coté d'une grande étendue bleue qui fait des vagues. Et se met à hurler "LA MER LA MER LA MER" J'ai hurlé plus fort. Ils se sont tus.

 

10h30 : les animateurs ont tout bien expliqué le déroulement de la journée. On part en randonnée sur le bord de mer, et cet après-midi, pêche à pieds. On commence sur la plage, ramasser tout ce que la mer peut rapporter. Gilbert se met à pleurer. "J'ai du sable dans mes chaussuuuuuuuures" La journée va être longue.

 

10h40 : Gilbert a envie de faire pipi. On est en pleine nature, rien n'est aménagé. Je confie les garçons au papa de Gilbert, et je prends les filles avec moi. Dans un coin de la plage, je leur dis "allez, on va se mettre là." Regards interloqués. "Oui, on va faire pipi ici, y'a pas de toilettes ici !" Blanc. "Euuuh vous n'avez jamais fait pipi dans la nature ? ben c'est pas compliqué, on baisse son pantalon, on se met accroupi, comme ça (oui, je mime (sans retirer mon pantalon, on n'est pas des sauvages)) et on fait attention à bien écarter les jambes pour ne pas faire pipi sur son pantalon ou ses chaussures !" (Hahaha la bonne blague) Gilberte a tout bien écouté. Comme d'habitude en classe en fait (soit juste la première phrase). Elle baisse son pantalon. Et fait pipi. Debout. Comme ça, tranquille. Puis se met à pleurer, parce que son pantalon est tout mouillé. SANS BLAGUE.

 

11h : La maman de Gilberte revient. Elle a changé sa fille avec le pantalon de rechange prévu pour la pêche à pieds. On croise les doigts pour l'après midi.

 

12h : Gilbert a découvert la dune, a couru sur la plage, a lancé du sable sur ses copains, a fait 10 châteaux de sable. Bref, Gilbert est HEU-REUX ! Mais il a la dalle. On rentre au car. On galère un peu à retrouver le pique-nique de tout le monde, rapport aux sacs jetés en vrac dans la soute, mais finalement, tout le monde a à manger.

Le papa de Gilbert me demande "Au bout de combien de jours on vous donne des anti-dépresseurs pour tenir, dans votre métier ?"

Je souris. Il a l'air sérieux. "On tient le coup parce qu'on aime ça. Oui, ça a l'air un peu dingue comme ça mais je vous jure."

 

L'après-midi pêche à pieds commence par une marche, pour rejoindre la zone recherchée. On marche dans la vase, Gilbert adore. Son pantalon moins. Au bout de 10 minutes, il est déjà trempé et marron, mais c'est pas grave. Parce que ça va pas s'arranger.

Gilbert attrape des crabes. Il hurle de joie.

Gilbert attrape des crevettes. Il hurle de joie.

Gilbert tombe les fesses dans l'eau. Il hurle.

Gilbert fait volontairement rentrer de l'eau dans ses bottes. Je hurle (pas de joie).

On s'éclate, l'après midi passe vite. Le papa de Gilbert a l'air bien fatigué. Les gamins aussi.

 

16h : de retour au car, état des lieux. 9 enfants sur 10 doivent changer de pantalon mais ils ont l'air content. Le papa de Gilbert tire la tronche, mais au moins, il ne doit pas changer de pantalon.

 

On compte, on recompte, et on monte dans le car après un goûter bien mérité.

16h10 : je prends le goûter au chocolat dégoulinant que Gilbert finissait dans le car. Histoire que le chauffeur ne crise pas. Je dis gentiment à Gilbert que je lui redonnerai en descendant, mais (un peu plus fort pour que tout le monde m'entende) "on a pas le droit de manger dans le car.

Je redescend à l'avant. Et je commence à me détendre.

16h20 : Un peu surprise d'entendre le niveau sonore baisser et d'entendre quelques "merci". Je me retourne pour comprendre ce qu'il se passe. La maman de Gilbert, tranquille Émile, a décidé de distribuer des bonbons aux enfants. A 110km/h sur l'autoroute, elle se promène avec son sachet. Alors que je venais de dire qu'on ne mangeait pas dans le car. GÉ-NIAL.

 

17h30 : on arrive à l'école. Gilbert descend, retrouve ses parents.

18h : Le dernier enfant est parti à la garderie. Ma collègue me regarde "ouaaah, mais tu as même bronzé." J'ai les épaules rouge écrevisse. Super. J'ai vraiment tout gagné !

Une journée pas comme les autres
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 20:00

J'ai grandi dans une famille plutôt aisée. Avec des parents attentionnés, plutôt du genre équilibrés, aimants, et toujours très amoureux l'un de l'autre.

 

Jusqu'à mes débuts dans l'enseignement, j'avais conscience, bien sûr, que ce n'était pas le cas pour tout le monde, que certains n'avaient qu'un parent sur les deux, que des parents pouvaient être maltraitants. Que tout le monde n'avait pas les moyens financiers de ma famille. Mais cette réalité était floue parce que très éloignée de la mienne.

 

Et puis, j'ai été nommée dans un secteur défavorisé. Sur un poste spécialisé dans l'accompagnement des élèves en situation de très grande difficulté scolaire. Dans certains cas, ces énormes difficultés s'accompagnent de difficultés sociales.

En réunion, j'ai dit à des parents des choses que jamais je n'aurais imaginé possibles avant. Et j'ai découvert qu'ils m'écoutaient avec le respect qu'on donne aux personnes qui "savent".

 

"Madame, vous savez, quand Gilbert fait pipi dans sa culotte, ce n'est pas grave, ça peut arriver, mais il faut laver le pantalon, pas seulement le faire sécher, et pareil pour la culotte. Oui, et Gilbert aussi il faut le laver, soigneusement. C'est important d'accord ?"

 

"Non monsieur, le coca dans le biberon de votre fils ce n'est pas forcément une bonne idée. Peut-être que les difficultés de sommeil dont vous nous parlez sont liées aux excitants, contenus dans le coca. C'est un peu comme le café, ça énerve. Si si, je vous assure."

 

"Non monsieur, je ne peux pas laisser Gilbert repartir avec vous. Vous êtes ivre, vous avez du mal à tenir debout regardez. Vous voulez vous asseoir, je peux appeler la maman de Gilbert pour qu'elle vienne vous chercher tous les deux si vous voulez ?"

 

J'ai donné une douche une fois, dans la salle de bain de l'école maternelle au premier Gilbert.

J'ai attendu dans ma classe, avec Gilbert et son papa ivre, qui pleurait de colère et que son fils essayait de calmer, visiblement habitué à la situation.

 

J'avais 23 ans. J'ai découvert la misère. Ça m'a changée à tout jamais.

Le jour où j'ai pris conscience de mes privilèges
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Qui Est Gilbert ?