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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:15

 

J'aime quand je m'apprête à reprendre Gilbert pour son comportement, et que je me rends compte que ça fait drôlement longtemps que je ne l'ai pas repris, lui qui était sans arrêt puni en début d'année.

 

J'aime quand je vois le visage de Gilbert s'illuminer quand je lui donne un billet de félicitations.

 

J'aime quand je vois le soulagement sur le visage du papa de Gilbert quand je lui dis que vraiment, son fils a fait d'énormes progrès.

 

J'aime quand j'ai eu la grippe et que j'ai 4 dessins qui m'attendent à mon retour "C'est parce que tu nous as manqué maîtresse !"

 

J'aime quand Gilbert me dit "Tu sais maîtresse, l'orthophoniste elle m'aide vraiment". J'aime quand je suis d'accord avec Gilbert, que je le sens reprendre confiance en lui.

 

J'aime quand je dis à Gilbert et sa maman que "Non, vraiment, le soutien ne sera plus nécessaire la prochaine période".

 

J'aime quand je vois les ptits loups grandir, mûrir, se poser, et que j'ose imaginer que c'est un peu grâce à moi !

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 18:13

Nouvelle année, nouveaux élèves. J'ai la chance de changer d'élèves tous les ans, et ainsi de passer la main aux collègues quand ma patience est mise à mal. J'ai la malchance de ne pas suivre ces enfants auxquels malgré tout on s'attache un peu. 

 

Cette année, #Gilbert est en CP. J'ai récupéré le dossier de ma collègue, mais j'aime bien attendre un peu avant de savoir ce qu'elle en pense, histoire de me faire ma propre opinion sur l'enfant, sans biais d'un bilan rédigé en fin d'année.

Malgré tout, j'ai déjà beaucoup entendu parler de Gilbert. Son manque de maturité est une des données que j'ai retenues, mais parfois, le CP, ça change pas mal de choses. 

 

La première chose qui me frappe, c'est que Gilbert ne semble pas dans la même réalité que nous. Il n'a par exemple pas été capable de me dire comment s'appelait sa soeur. Bien sur, j'ai d'abord pensé à une séparation, une demi-soeur qu'il ne verrait que partiellement. Mais non. Il vit avec elle au quotidien depuis 6 ans et ne sait pas son prénom. Bizarre, non ? 

Parfois, au détour d'un échange en classe, Gilbert lève la main. Il dit un mot, sans aucun rapport avec le sujet de la conversation. Ou nous raconte un fait de sa vie, sans avoir le moins conscience du décalage avec le reste de la classe. 

 

Et puis, au fur et à mesure des apprentissages, Gilbert décroche. Ne reconnait pas plus les nombres (même inférieurs à dix) que les lettres (mêmes celles de son prénom), n'entend pas les sons ("dans papa j'entends IIIIIII maîtresse"), oublie d'une semaine sur l'autre ce qu'on a appris.

Et il y a eu la cour, les enfants en larmes parce que "Gilbert, il veut nous tuer". Les traces de mains autour du cou des autres, les coups.

 

Très vite, je demande à voir les parents. Je les sens terrifés par tout ce que mes collègues leur ont dit depuis des années et qui d'un coup, en CP, prend une tournure très très concrète. Leur petit chéri, leur grand bébé n'apprend pas à lire comme les autres enfants. Avant, ils pensaient que ça s'arrangerait, après tout, "il n'a que 3 (4, 5) ans, il est encore petit, en maternelle". Ils y croyaient, vraiment. 

Je les vois devant moi, et je sais que tout ce que je peux leur dire ne fera qu'accentuer leur peine et leur angoisse. Et malgré tout, il me faut poser des mots, leur dire mon impuissance, qui est aussi la leur, tenter de les orienter vers des spécialistes qui, sans faire de miracles pour autant, sauront les aider à comprendre ce qui se passe. 

 

Parfois, vraiment, mon métier est difficile. 

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 13:59

Voilà, ça fait presque 3 mois que j'ai fait connaissance avec mon équipe de Gilbert, saison 2014-2015. Je commence à bien les connaître, et je me propose donc de vous les présenter. 

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Il y a Gilbert, haut comme trois pommes, bruyant comme un cochon qu'on égorge. La voix haut perchée, il a toujours quelque chose à répondre à ce qu'on peut lui reprocher. "Oui mais en fait ..." En fait c'est moi le chef et toi tu te la fermes. 

 

Il y a aussi Gilbert, ultra généreux, le soir du premier jour, sa trousse était vide de tout matériel. Il avait tout prêté à des copains, trop content de trouver un taille crayon cars, une gomme spiderman, ... Bien entendu, le matériel n'était absolument pas marqué, et on a galéré à retrouver tous les éléments. D'ailleurs, il n'a toujours pas de crayon à papier.

 

Gilbert, lui se distingue par son sens de l'équilibre. 4 pieds sur une chaise ? Ça c'est pour les faibles, Gilbert n'en utilise que 2. Voire 1 seul. J'ai beau lui avoir fait peur en lui montrant ce que ça donnait quand on perd l'équilibre, il continue. Toi, tu vas bientôt voir arriver un tabouret à ta place ! 

 

Gilbert hypersensible lui, ne l'est que quand je gronde. Tout sourire, voir gros éclats de rire en classe, jusqu'à ce que je hausse le ton, et les "hi hi hi" "mouhahaha" sont replacés par un tout aussi bruyant "OUIIIIIIIN" ... 

 

Il y a Gilbert, mutique, je ne sais pas si j'ai entendu le son de sa voix plus d'une dizaine de fois en 3 mois. Totalement enfermé là dedans, regard noir, limite autistique dans son comportement.

 

Il y a ceux qui savaient lire en arrivant dans ma classe, et celui qui au bout de 3 mois ne sait toujours pas que quand il voit un A, tout seul, il y a des chances pour qu'il se prononce AAAAA ! Et pas SSSSS ...

 

Il y a Gilbert qui a besoin d'une AVS mais suit super bien la classe, et celui qui aurait besoin d'une instit pour lui tout seul ... 

 

Et celui qui me demande très sérieusement "Maîtresse, t'as des pouvoirs magiques toi ?" 

 

Bref, je ne m'ennuie pas ! Heureusement, il y a les vacances ! 

 

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 21:34

Le plus fatigant, quand une année scolaire commence avec Gilbert, c'est de lui faire comprendre qui est le patron. A la maison, souvent, c'est lui, le patron. Mais hors de question qu'il en soit de même à l'école. 

 

Pour ça, j'ai quelques techniques. Comme je suis généreuse et pédagogue, je m'en viens les partager avec les jeunes profs qui me suivent.

 

Technique n° 1 : Le curare

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à brailler : Une petite piqûre, c'est comme un vaccin, et la maîtresse est tranquille pour une heure ou deux. 

Attention : Difficile de s'en procurer. 

 

Technique n° 2 : Le bottin 

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à frapper : Un coup de bottin sur la tête, et il comprendra aisément que frapper, ça fait mal, surtout à celui qui est dessous.

Attention : évitez quand même le coup de bottin derrière la nuque. Y'en a qu'ont essayé, ils ont eu des problèmes.

 

Technique n° 3 : Le taser®

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à gesticuler : un coup de taser, et subitement, ses gestes sont plus mesurés. 

Attention : À utiliser avec modération. Certains sujets mettent du temps avant de retrouver un discours cohérent. 

 

Technique n° 4 : Le scotch

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à brailler/gesticuler/frapper : Un rouleau de scotch, et il éprouve subitement quelques difficultés à ouvrir la bouche/se lever de sa chaise/bouger les bras et les jambes.

Attention : choisissez du scotch hypo-allergénique. On est quand même pas des monstres. 

 

J'espère que cette malette pédagogique sera d'une grande utilité à tous les enseignants !

 

Bonne rentrée !

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 16:01

Alors que les médias ne parlent que de la rentrée, parlons un peu de la seule source de motivation de toute feignasse de prof qui se respecte : LES VACANCES. Et encore mieux : LES GRANDES VACANCES ! (Parce que pendant les petites vacances, ya toujours des choses à préparer pour l'école (mais ne le répétez pas, certains pourraient croire qu'on travaille parfois) )

 

Cette année, elles commencaient le 5 juillet au soir pour Gilbert. 

Généralement, une fois la sortie des classes passée, je range un peu la classe vide totalement la moindre étagère, puis je vide la classe de tous ses meubles pour que ces messieurs de l'entreprise de nettoyage puissent passer une grosse machine sur mon lino tout pourri. Une fois que le déménagement est fini, je n'ai généralement plus trop envie de travailler, rapport au fait qu'il ne reste plus rien dans ma classe, même pas une chaise pour s'asseoir, ou une table pour poser ses affaires. Rapport au fait aussi qu'il faut un diplôme d'escalade pour se déplacer dans les couloirs, vu que tous les meubles de toutes les classes y sont entreposés. 

Alors, à partir du 14 juillet, je me considère en vacances. Et je me dispense d'aller à l'école ou d'ouvrir mon cartable pour trier tous les papiers que j'y ai fourré, le soir de la sortie. En général, il me faut encore un peu plus d'une semaine pour décrocher. C'est à dire arrêter de me dire "tiens, j'aimerai bien faire ça avec Gilbert l'année prochaine" ou bien "Ouiiiiiiiiii fini l'année avec ce gamin qui me sortait par les yeux" ou encore "Noooooon je récupère ce gamin qui, je le sens, va me sortir par les yeux au bout de deux jours". 

 

Enfin j'arrive à me détendre. A moi le voyage sous les tropiques, gracieusement payé par l'Éducation Nationale, à moi le yacht de 30m, dans les archipels méditerranéens, à moi les mojitos avec mon chéri sous le soleil de Saint Barth. Bref, à moi la belle vie.

 

Et soudain, un jour, les autres personnes de mon entourage, ceux qui bossent, eux, même en été quand tout le monde se la coule douce, m'annoncent que la semaine prochaine, elles ont 3 jours de week end. C'est l'alarme qui rappelle à mon esprit qu'on approche du 15 août, et qu'il est temps d'arrêter de rêver. Il faut se remettre au boulot. 

Bien sur, la première réaction est le déni. "On doit plutôt être le 14 juillet, ce n'est sûrement pas le 15 août qui arrive 3 jours à peine après le début des vacances."   

Puis vient la colère. "Mais enfin, je n'ai eu le temps de rien faire, c'est scandaleux !"

La négociation. "Encore une ou deux grasses mat', et je m'y remets"

La tristesse. "C'est trop injuste, j'ai même pas eu le temps de visiter toutes les plages de Bora-Bora" 

La résignation. "Il fallait bien que ça arrive un jour"

L'acceptation. "Demain, je m'y remets"  "C'est quand les prochaines vacances ?"

 

Alors, après le 15 août, je reprends le chemin des cahiers. J'ouvre mon cartable, et je tombe sur tout ce que j'y ai mis avant de partir, quelques semaines plus tôt.

 

Alors comme vous pouvez le constater, je suis une feignasse de prof, comme les autres, j'ai 2 mois de vacances l'été. D'ailleurs, il suffit de compter. 14 juillet - 15 août.

 72229_1682153534551_5964449_n.jpgimage via le blog http://dangerecole.blogspot.fr

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 22:56

"Si on met les doigts dans les prises, on peut se faire électricoter !"

Gilbert 5 ans.

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3 juin 2014 2 03 /06 /juin /2014 19:41

Au programme de l'école primaire, dans la catégorie "Activités Physiques et Sportives", il y a un chapitre "Natation" qui m'oblige depuis 1 mois, à accompagner Gilbert à la piscine tous les vendredis. Et croyez moi, c'est loin d'être une partie de plaisir.

 

Ça commence à l'école. 10 min avant l'heure habituelle de début de la classe, je compte et recompte mes ouailles. Nous devons être dans l'eau à l'heure où habituellement j'attends que Gilbert se souvienne qu'on ne peut pas être dimanche, vu qu'il n'y a jamais d'école le dimanche. Alors il faut partir AVANT l'heure. Le car nous attend déjà dehors. Il en manque un ? Tant pis pour lui, tant mieux pour moi. Vous comprendrez vite pourquoi.

Nous montons donc VITE dans le car, recomptons les présents, et les sacs. Non, Gilbert pas ton cartable à la piscine, par contre, le petit sac avec ta serviette, ton maillot et ton bonnet de bain serait le bienvenu. Je cours, échange cartable contre sac à dos au porte manteau, remonte dans le car, qui démarre. OK, on est partis.

Le car s'arrête devant la piscine, en double file, avec 10 voitures mécontentes derrière. Je presse donc Gilbert de sortir du car. Je compte les enfants, les sacs. Une maman accompagnatrice sort du car avec les 5 sacs restés sous les sièges. Motivé, Gilbert, pour aller se baigner ce matin.

Dans la piscine, vient l'épreuve du vestiaire. Ce qui doit déjà être bien compliqué en vestiaire collectif devient une compétition olympique quand la piscine est "désolée de n'avoir plus que des cabines individuelles". Mais pas assez pour tous les enfants, bien sur. Une cabine pour trois Gilbert. Le sens de l'organisation n'étant pas un don inné chez les gnomes, je prends les choses en main. Toi, toi et toi, ici, là. Toi et toi là bas. Au bout de 15 min, Gilbert est sorti 3 fois de sa cabine, pour me demander s'il devait aussi retirer ses chaussettes, pour me demander s'il pouvait remettre un pull par dessus son maillot parce que quand même il n'a pas très chaud, et pour me demander où j'ai mis son cartable, parce que le bonnet de bain est resté dedans.

Les gnomes sont prêts, maillotés, bonnetés, frissonnants à l'entrée des douches quand soudain. "Euuuh Gilbert, c'est quoi cet élastique qui dépasse de ton maillot ?" "Ben c'est mon slip maîtresse." Arg. Retour aux cabines avec une maman, passage sous la douche "pas plus de 5 secondes chacun", et les voici mouillés, grelottant et excités comme des puces devant le maître nageur qui les calme d'emblée.

Environ 2 têtes de plus que moi (soit 5 de plus que Gilbert), deux fois ma largeur d'épaule, la moustache et le poil aux pattes finissent un tableau qui impressionne drôlement Gilbert (je pioche des idées pour imposer mon autorité). Il annonce qu'on va faire des groupes de niveau. Fait sauter tous les gnomes dans l'eau, et compte combien remontent tous seuls à la surface (ou presque). J'envisage avec un petit sourire une classe diminuée de tous les éléments ne sachant pas nager, avant de constater avec stupeur que ceux qui restent au fond sont mes meilleurs éléments. Même pas drôle. 

A peine le temps de les faire sauter, longer le bord et mettre la tête sous l'eau qu'il est déjà temps de faire marche arrière pour laisser notre place à une nouvelle fournée de Gilbert tremblottants, tout juste sortis de la douche.

Je cède ma place, raccompagne les miens pour un rapide passage sous la douche, et retrouve avec plaisir les parents venus aider au vestiaire.

Gilbert met 3 min à retrouver sa cabine. Ou plutôt : 3 min pour retrouver la cabine où il a retiré son jean, 3 min pour celle où il a enlevé ses chaussettes (à contrecoeur, rappelez vous), 3 autres pour le t-shirt, etc. 15 min plus tard, tous les élèves sont prêts, rangés, chaussés. Tous, sauf 3. Il manque 2 pantalons. Il reste 7 maillots mouillés par terre. Et 3 slips aussi. Et celui-ci n'a plus de chaussures.

Avec les parents, nous entamons donc une inspection générale,retrouvons les 4 gnomes rhabillés mais sans slip sous le pantalon, ceux qui ont 2 pantalons sur eux, ceux qui ont oublié leur maillot et ceux qui se sont trompés de chaussures. Et nous partons en courant jusqu'au car, un peu énervé de nous avoir attendu 5 min. Il démarre donc avant que nous ayons attaché tous les enfants, heureusement que nous les avions comptés. 

 

À l'arrivée à l'école, nous retrouvons sur la cour Gilbert, qui, arrivé 10 min après le départ du car, a passé une petite matinée tranquille à faire un coloriage magique dans la classe de ma collègue. Ce que je peux l'envier à ce moment précis ... 

 

Nous sommes vendredi, il est 17h30, la maman de Gilbert (pas celle qui est venue nous accompagner, une qui "travaille, elle") vient me voir catastrophée. "Gilbert vient de me dire qu'il n'a pas eu le temps de prendre une douche en sortant ? Je lui avais pourtant donné son gel douche, son shampooing, et son gel "hygiène intime", je ne comprends pas".

Ah. Ben venez la prochaine fois, vous comprendrez je crois.  

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 13:14

"Maîtresse, moi ce week end, je me suis baigné dans l'océan aquatique !" 

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 12:29

La consigne : Relie le masculin avec son féminin.

Un homme => Une jument. 

Un cheval => Une femme.

 

Ils ont de drôles de pratiques dans la famille de Gilbert.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 21:22

Avec Gilbert, au début, ça se passait plutôt bien. Bien sûr, régulièrement, sa trousse finissait sur mon bureau parce que ça l'empêchait de se concentrer. Bien sûr, j'avais le sentiment de répéter beaucoup, souvent un peu plus que pour les autres. Bien sûr, parfois, il m'agaçait à écrire très gros, à se tenir comme une chiffe molle sur sa chaise,  semblant dénué de tout tonus musculaire. Mais globalement, les apprentissages suivaient plutôt bien. Alors je m'étais dit qu'il s'agissait certainement d'un petit manque de maturité.

 

Une première fois, j'ai demandé à rencontrer les parents de Gilbert. Ils sont venus, tous les deux.  Oui, bien sûr, Gilbert avait toujours une petite baisse de régime en novembre, il avait été malade un peu, une grosse bronchite, qui raccourcissait ses nuits et celles de ses parents. Mais à la maison, on ne voit visiblement pas le grand bébé que j'ai en face de moi. Il participe à la vie de la maison, met la table, joue à des jeux de société complexes, mange comme un grand avec papa et maman. Vraiment, c'est à peine si tous les problèmes que je pouvais voir en classe étaient incompréhensibles, ou tout au plus l'effet de l'école sur un enfant qui manque un peu de confiance en soi. 

 

Alors j'ai pris sur moi, j'ai réexpliqué pour Gilbert, vérifié qu'il ne paniquait pas devant les exercices, continué à être exigeante, mais tout en souplesse pour ne pas le brusquer.

C'est alors que tout a basculé. Enfin, basculer. Le terme est un peu fort. Mais petit à petit, Gilbert a eu besoin de plus en plus d'aide, tout en en faisant de moins en moins. 20 minutes n'étaient pas de trop quand on lui demandait d'ouvrir son cahier et d'écrire la date. Lever la main est devenu trop difficile, trop fatigant, alors quand Gilbert ne se souvenait plus de la consigne, il partait dans son monde. Un monde où les crayons sont des pistolets, les règles des vaisseaux spatiaux, les taille-crayons des chargeurs, ...

Forcément, avec 25 autres élèves, et deux niveaux à gérer, je ne voyais pas toujours Gilbert partir dans son monde. Parfois, après 5 minutes, en tournant la tête, je me rendais compte qu'il n'avait pas commencé, alors, je le rappelais à l'ordre: "Gilbert, concentre toi ! Gilbert, tu te mets au travail ?" Chaque fois, le son de ma voix semblait le tirer d'un doux rêve éveillé. 

 

Un jour, Gilbert a cessé de travailler, malgré les remarques alarmistes sur les cahiers à signer, pas de nouvelles de ses parents que je ne voyais jamais. Alors j'ai à nouveau demandé à les voir.

Et j'ai vu. 

Gilbert est entré dans la classe avec son papa et sa maman. Ils se sont assis. Pas Gilbert. Papa a demandé à Gilbert de s'asseoir. J'ai attendu. Il a dû le demander 15 fois, sur le même ton de voix, sans se départir de son sourire bienveillant ou des petits surnoms affectueux. Et chaque fois, Gilbert disait "Oui", et la seconde d'après était reparti ailleurs. Et puis enfin, miracle, Gilbert s'est assis. La maman a alors demandé à Gilbert de retirer son manteau. Plus d'une dizaine de fois avant d'abandonner face à la "distraction" de son fils. 

Nous avons alors pu commencer l'entretien. Sans Gilbert, toujours dans son monde. La langue au bord des lèvres, bavant légèrement, les yeux jamais fixés quelque part, avec toujours ce sentiment d'avoir devant moi une poupée de chiffon qui ne reprend conscience que quelques secondes quand on prononce son prénom. 

Mais tout va bien. Les parents de Gilbert en sont tellement persuadés qu'ils n'entendent pas quand je leur dis que Gilbert n'apprend plus.

 

Alors ils repartent, comme ils sont venus, avec en prime un contrat de comportement pour Gilbert, avec pour objectif de travailler sur sa concentration. J'ai l'impression d'avoir parlé dans le vide. Qu'ils n'ont pas compris ma préoccupation pour leur enfant.  Il faudra encore plus de 5 min pour que Gilbert enfile le manteau qu'il avait finalement retiré, et 5 de plus pour qu'il le ferme. 

Et s'il y avait quelque chose d'autre, que je ne peux pas voir ?

Je me sens tellement impuissante ...

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