Nouvelle année, nouveaux élèves. J'ai la chance de changer d'élèves tous les ans, et ainsi de passer la main aux collègues quand ma patience est mise à mal. J'ai la malchance de ne pas suivre ces enfants auxquels malgré tout on s'attache un peu. 

 

Cette année, #Gilbert est en CP. J'ai récupéré le dossier de ma collègue, mais j'aime bien attendre un peu avant de savoir ce qu'elle en pense, histoire de me faire ma propre opinion sur l'enfant, sans biais d'un bilan rédigé en fin d'année.

Malgré tout, j'ai déjà beaucoup entendu parler de Gilbert. Son manque de maturité est une des données que j'ai retenues, mais parfois, le CP, ça change pas mal de choses. 

 

La première chose qui me frappe, c'est que Gilbert ne semble pas dans la même réalité que nous. Il n'a par exemple pas été capable de me dire comment s'appelait sa soeur. Bien sur, j'ai d'abord pensé à une séparation, une demi-soeur qu'il ne verrait que partiellement. Mais non. Il vit avec elle au quotidien depuis 6 ans et ne sait pas son prénom. Bizarre, non ? 

Parfois, au détour d'un échange en classe, Gilbert lève la main. Il dit un mot, sans aucun rapport avec le sujet de la conversation. Ou nous raconte un fait de sa vie, sans avoir le moins conscience du décalage avec le reste de la classe. 

 

Et puis, au fur et à mesure des apprentissages, Gilbert décroche. Ne reconnait pas plus les nombres (même inférieurs à dix) que les lettres (mêmes celles de son prénom), n'entend pas les sons ("dans papa j'entends IIIIIII maîtresse"), oublie d'une semaine sur l'autre ce qu'on a appris.

Et il y a eu la cour, les enfants en larmes parce que "Gilbert, il veut nous tuer". Les traces de mains autour du cou des autres, les coups.

 

Très vite, je demande à voir les parents. Je les sens terrifés par tout ce que mes collègues leur ont dit depuis des années et qui d'un coup, en CP, prend une tournure très très concrète. Leur petit chéri, leur grand bébé n'apprend pas à lire comme les autres enfants. Avant, ils pensaient que ça s'arrangerait, après tout, "il n'a que 3 (4, 5) ans, il est encore petit, en maternelle". Ils y croyaient, vraiment. 

Je les vois devant moi, et je sais que tout ce que je peux leur dire ne fera qu'accentuer leur peine et leur angoisse. Et malgré tout, il me faut poser des mots, leur dire mon impuissance, qui est aussi la leur, tenter de les orienter vers des spécialistes qui, sans faire de miracles pour autant, sauront les aider à comprendre ce qui se passe. 

 

Parfois, vraiment, mon métier est difficile. 

Par Ninoche
Dimanche 30 novembre 2014 7 30 /11 /Nov /2014 18:13

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Voilà, ça fait presque 3 mois que j'ai fait connaissance avec mon équipe de Gilbert, saison 2014-2015. Je commence à bien les connaître, et je me propose donc de vous les présenter. 

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Il y a Gilbert, haut comme trois pommes, bruyant comme un cochon qu'on égorge. La voix haut perchée, il a toujours quelque chose à répondre à ce qu'on peut lui reprocher. "Oui mais en fait ..." En fait c'est moi le chef et toi tu te la fermes. 

 

Il y a aussi Gilbert, ultra généreux, le soir du premier jour, sa trousse était vide de tout matériel. Il avait tout prêté à des copains, trop content de trouver un taille crayon cars, une gomme spiderman, ... Bien entendu, le matériel n'était absolument pas marqué, et on a galéré à retrouver tous les éléments. D'ailleurs, il n'a toujours pas de crayon à papier.

 

Gilbert, lui se distingue par son sens de l'équilibre. 4 pieds sur une chaise ? Ça c'est pour les faibles, Gilbert n'en utilise que 2. Voire 1 seul. J'ai beau lui avoir fait peur en lui montrant ce que ça donnait quand on perd l'équilibre, il continue. Toi, tu vas bientôt voir arriver un tabouret à ta place ! 

 

Gilbert hypersensible lui, ne l'est que quand je gronde. Tout sourire, voir gros éclats de rire en classe, jusqu'à ce que je hausse le ton, et les "hi hi hi" "mouhahaha" sont replacés par un tout aussi bruyant "OUIIIIIIIN" ... 

 

Il y a Gilbert, mutique, je ne sais pas si j'ai entendu le son de sa voix plus d'une dizaine de fois en 3 mois. Totalement enfermé là dedans, regard noir, limite autistique dans son comportement.

 

Il y a ceux qui savaient lire en arrivant dans ma classe, et celui qui au bout de 3 mois ne sait toujours pas que quand il voit un A, tout seul, il y a des chances pour qu'il se prononce AAAAA ! Et pas SSSSS ...

 

Il y a Gilbert qui a besoin d'une AVS mais suit super bien la classe, et celui qui aurait besoin d'une instit pour lui tout seul ... 

 

Et celui qui me demande très sérieusement "Maîtresse, t'as des pouvoirs magiques toi ?" 

 

Bref, je ne m'ennuie pas ! Heureusement, il y a les vacances ! 

 

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Par Ninoche
Mardi 18 novembre 2014 2 18 /11 /Nov /2014 13:59

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Le plus fatigant, quand une année scolaire commence avec Gilbert, c'est de lui faire comprendre qui est le patron. A la maison, souvent, c'est lui, le patron. Mais hors de question qu'il en soit de même à l'école. 

 

Pour ça, j'ai quelques techniques. Comme je suis généreuse et pédagogue, je m'en viens les partager avec les jeunes profs qui me suivent.

 

Technique n° 1 : Le curare

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à brailler : Une petite piqûre, c'est comme un vaccin, et la maîtresse est tranquille pour une heure ou deux. 

Attention : Difficile de s'en procurer. 

 

Technique n° 2 : Le bottin 

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à frapper : Un coup de bottin sur la tête, et il comprendra aisément que frapper, ça fait mal, surtout à celui qui est dessous.

Attention : évitez quand même le coup de bottin derrière la nuque. Y'en a qu'ont essayé, ils ont eu des problèmes.

 

Technique n° 3 : Le taser®

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à gesticuler : un coup de taser, et subitement, ses gestes sont plus mesurés. 

Attention : À utiliser avec modération. Certains sujets mettent du temps avant de retrouver un discours cohérent. 

 

Technique n° 4 : Le scotch

Exemple : Gilbert a une fâcheuse tendance à brailler/gesticuler/frapper : Un rouleau de scotch, et il éprouve subitement quelques difficultés à ouvrir la bouche/se lever de sa chaise/bouger les bras et les jambes.

Attention : choisissez du scotch hypo-allergénique. On est quand même pas des monstres. 

 

J'espère que cette malette pédagogique sera d'une grande utilité à tous les enseignants !

 

Bonne rentrée !

Par Ninoche
Mardi 16 septembre 2014 2 16 /09 /Sep /2014 21:34

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Alors que les médias ne parlent que de la rentrée, parlons un peu de la seule source de motivation de toute feignasse de prof qui se respecte : LES VACANCES. Et encore mieux : LES GRANDES VACANCES ! (Parce que pendant les petites vacances, ya toujours des choses à préparer pour l'école (mais ne le répétez pas, certains pourraient croire qu'on travaille parfois) )

 

Cette année, elles commencaient le 5 juillet au soir pour Gilbert. 

Généralement, une fois la sortie des classes passée, je range un peu la classe vide totalement la moindre étagère, puis je vide la classe de tous ses meubles pour que ces messieurs de l'entreprise de nettoyage puissent passer une grosse machine sur mon lino tout pourri. Une fois que le déménagement est fini, je n'ai généralement plus trop envie de travailler, rapport au fait qu'il ne reste plus rien dans ma classe, même pas une chaise pour s'asseoir, ou une table pour poser ses affaires. Rapport au fait aussi qu'il faut un diplôme d'escalade pour se déplacer dans les couloirs, vu que tous les meubles de toutes les classes y sont entreposés. 

Alors, à partir du 14 juillet, je me considère en vacances. Et je me dispense d'aller à l'école ou d'ouvrir mon cartable pour trier tous les papiers que j'y ai fourré, le soir de la sortie. En général, il me faut encore un peu plus d'une semaine pour décrocher. C'est à dire arrêter de me dire "tiens, j'aimerai bien faire ça avec Gilbert l'année prochaine" ou bien "Ouiiiiiiiiii fini l'année avec ce gamin qui me sortait par les yeux" ou encore "Noooooon je récupère ce gamin qui, je le sens, va me sortir par les yeux au bout de deux jours". 

 

Enfin j'arrive à me détendre. A moi le voyage sous les tropiques, gracieusement payé par l'Éducation Nationale, à moi le yacht de 30m, dans les archipels méditerranéens, à moi les mojitos avec mon chéri sous le soleil de Saint Barth. Bref, à moi la belle vie.

 

Et soudain, un jour, les autres personnes de mon entourage, ceux qui bossent, eux, même en été quand tout le monde se la coule douce, m'annoncent que la semaine prochaine, elles ont 3 jours de week end. C'est l'alarme qui rappelle à mon esprit qu'on approche du 15 août, et qu'il est temps d'arrêter de rêver. Il faut se remettre au boulot. 

Bien sur, la première réaction est le déni. "On doit plutôt être le 14 juillet, ce n'est sûrement pas le 15 août qui arrive 3 jours à peine après le début des vacances."   

Puis vient la colère. "Mais enfin, je n'ai eu le temps de rien faire, c'est scandaleux !"

La négociation. "Encore une ou deux grasses mat', et je m'y remets"

La tristesse. "C'est trop injuste, j'ai même pas eu le temps de visiter toutes les plages de Bora-Bora" 

La résignation. "Il fallait bien que ça arrive un jour"

L'acceptation. "Demain, je m'y remets"  "C'est quand les prochaines vacances ?"

 

Alors, après le 15 août, je reprends le chemin des cahiers. J'ouvre mon cartable, et je tombe sur tout ce que j'y ai mis avant de partir, quelques semaines plus tôt.

 

Alors comme vous pouvez le constater, je suis une feignasse de prof, comme les autres, j'ai 2 mois de vacances l'été. D'ailleurs, il suffit de compter. 14 juillet - 15 août.

  72229_1682153534551_5964449_n.jpg image via le blog http://dangerecole.blogspot.fr

Par Ninoche
Vendredi 5 septembre 2014 5 05 /09 /Sep /2014 16:01

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"Si on met les doigts dans les prises, on peut se faire électricoter !"

Gilbert 5 ans.

Par Ninoche
Lundi 23 juin 2014 1 23 /06 /Juin /2014 22:56

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