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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 21:02

Avec Gilbert, cette semaine, on est allés à la mer. Petite sortie découverte du littoral et pêche à pieds. Des journées comme ça c'est super, ça nous sort de la classe et ça permet aux enfants de découvrir des choses différentes, d'apprendre dans un autre cadre.

8h15 : Le car est à l'heure. Gilbert presque. Sa maman lui rappelle bien fort à coté de moi qu'il faut bien attacher sa ceinture dans le car.

"Non mais on vérifie madame, ne vous inquiétez pas"

Les parents présents chargent les sacs des enfants dans les soutes du car. En vrac.

Les enfants récupèrent le badge contenant leur prénom, le numéro de l'école et le mien, au cas où l'un d'eux se perde, histoire que ça ne soit pas définitif. Ils montent dans le car. Ça crie, ça court, ça rigole dans tous les coins. Bref, c'est un départ de sortie scolaire tout ce qu'il y a de plus classique.

Petit coup de stress quand tu te rends compte que le seul gamin que tu n'as pas badgé c'est celui qui doit venir accompagné de son papa.

Mais ça va, ils arrivent quelques minutes plus tard.

On compte on recompte. Et on part.

8h40 : le niveau sonore au fond du car frôle celui du Hellfest. Gilbert appelle un accompagnateur. A force de se tourner et de gigoter dans tous les sens (limité par la ceinture, on est pas des malades), il a un peu mal au ventre. Je dégaine le sac à vomi, rapatrie le gamin devant, l'incite fortement à ne pas rendre son petit déjeuner en restant calme et en regardant devant.

 

10h : On arrive à la mer. Il était temps. Ça fait 45 minutes que les mômes demandent toutes les trois minutes "et c'est quand qu'on arriiiiiiiive ?". Ça fait 30 minutes que, lassés d'attendre en ne faisant que brailler, ils ont décidé de reprendre en intégralité le répertoire de Louane et Kids United. Nerveusement, c'est dur. 5 minutes avant la fin, l'apothéose. Gilbert remarque qu'on roule à coté d'une grande étendue bleue qui fait des vagues. Et se met à hurler "LA MER LA MER LA MER" J'ai hurlé plus fort. Ils se sont tus.

 

10h30 : les animateurs ont tout bien expliqué le déroulement de la journée. On part en randonnée sur le bord de mer, et cet après-midi, pêche à pieds. On commence sur la plage, ramasser tout ce que la mer peut rapporter. Gilbert se met à pleurer. "J'ai du sable dans mes chaussuuuuuuuures" La journée va être longue.

 

10h40 : Gilbert a envie de faire pipi. On est en pleine nature, rien n'est aménagé. Je confie les garçons au papa de Gilbert, et je prends les filles avec moi. Dans un coin de la plage, je leur dis "allez, on va se mettre là." Regards interloqués. "Oui, on va faire pipi ici, y'a pas de toilettes ici !" Blanc. "Euuuh vous n'avez jamais fait pipi dans la nature ? ben c'est pas compliqué, on baisse son pantalon, on se met accroupi, comme ça (oui, je mime (sans retirer mon pantalon, on n'est pas des sauvages)) et on fait attention à bien écarter les jambes pour ne pas faire pipi sur son pantalon ou ses chaussures !" (Hahaha la bonne blague) Gilberte a tout bien écouté. Comme d'habitude en classe en fait (soit juste la première phrase). Elle baisse son pantalon. Et fait pipi. Debout. Comme ça, tranquille. Puis se met à pleurer, parce que son pantalon est tout mouillé. SANS BLAGUE.

 

11h : La maman de Gilberte revient. Elle a changé sa fille avec le pantalon de rechange prévu pour la pêche à pieds. On croise les doigts pour l'après midi.

 

12h : Gilbert a découvert la dune, a couru sur la plage, a lancé du sable sur ses copains, a fait 10 châteaux de sable. Bref, Gilbert est HEU-REUX ! Mais il a la dalle. On rentre au car. On galère un peu à retrouver le pique-nique de tout le monde, rapport aux sacs jetés en vrac dans la soute, mais finalement, tout le monde a à manger.

Le papa de Gilbert me demande "Au bout de combien de jours on vous donne des anti-dépresseurs pour tenir, dans votre métier ?"

Je souris. Il a l'air sérieux. "On tient le coup parce qu'on aime ça. Oui, ça a l'air un peu dingue comme ça mais je vous jure."

 

L'après-midi pêche à pieds commence par une marche, pour rejoindre la zone recherchée. On marche dans la vase, Gilbert adore. Son pantalon moins. Au bout de 10 minutes, il est déjà trempé et marron, mais c'est pas grave. Parce que ça va pas s'arranger.

Gilbert attrape des crabes. Il hurle de joie.

Gilbert attrape des crevettes. Il hurle de joie.

Gilbert tombe les fesses dans l'eau. Il hurle.

Gilbert fait volontairement rentrer de l'eau dans ses bottes. Je hurle (pas de joie).

On s'éclate, l'après midi passe vite. Le papa de Gilbert a l'air bien fatigué. Les gamins aussi.

 

16h : de retour au car, état des lieux. 9 enfants sur 10 doivent changer de pantalon mais ils ont l'air content. Le papa de Gilbert tire la tronche, mais au moins, il ne doit pas changer de pantalon.

 

On compte, on recompte, et on monte dans le car après un goûter bien mérité.

16h10 : je prends le goûter au chocolat dégoulinant que Gilbert finissait dans le car. Histoire que le chauffeur ne crise pas. Je dis gentiment à Gilbert que je lui redonnerai en descendant, mais (un peu plus fort pour que tout le monde m'entende) "on a pas le droit de manger dans le car.

Je redescend à l'avant. Et je commence à me détendre.

16h20 : Un peu surprise d'entendre le niveau sonore baisser et d'entendre quelques "merci". Je me retourne pour comprendre ce qu'il se passe. La maman de Gilbert, tranquille Émile, a décidé de distribuer des bonbons aux enfants. A 110km/h sur l'autoroute, elle se promène avec son sachet. Alors que je venais de dire qu'on ne mangeait pas dans le car. GÉ-NIAL.

 

17h30 : on arrive à l'école. Gilbert descend, retrouve ses parents.

18h : Le dernier enfant est parti à la garderie. Ma collègue me regarde "ouaaah, mais tu as même bronzé." J'ai les épaules rouge écrevisse. Super. J'ai vraiment tout gagné !

Une journée pas comme les autres
Published by Ninoche - dans A l'école
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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 20:00

J'ai grandi dans une famille plutôt aisée. Avec des parents attentionnés, plutôt du genre équilibrés, aimants, et toujours très amoureux l'un de l'autre.

 

Jusqu'à mes débuts dans l'enseignement, j'avais conscience, bien sûr, que ce n'était pas le cas pour tout le monde, que certains n'avaient qu'un parent sur les deux, que des parents pouvaient être maltraitants. Que tout le monde n'avait pas les moyens financiers de ma famille. Mais cette réalité était floue parce que très éloignée de la mienne.

 

Et puis, j'ai été nommée dans un secteur défavorisé. Sur un poste spécialisé dans l'accompagnement des élèves en situation de très grande difficulté scolaire. Dans certains cas, ces énormes difficultés s'accompagnent de difficultés sociales.

En réunion, j'ai dit à des parents des choses que jamais je n'aurais imaginé possibles avant. Et j'ai découvert qu'ils m'écoutaient avec le respect qu'on donne aux personnes qui "savent".

 

"Madame, vous savez, quand Gilbert fait pipi dans sa culotte, ce n'est pas grave, ça peut arriver, mais il faut laver le pantalon, pas seulement le faire sécher, et pareil pour la culotte. Oui, et Gilbert aussi il faut le laver, soigneusement. C'est important d'accord ?"

 

"Non monsieur, le coca dans le biberon de votre fils ce n'est pas forcément une bonne idée. Peut-être que les difficultés de sommeil dont vous nous parlez sont liées aux excitants, contenus dans le coca. C'est un peu comme le café, ça énerve. Si si, je vous assure."

 

"Non monsieur, je ne peux pas laisser Gilbert repartir avec vous. Vous êtes ivre, vous avez du mal à tenir debout regardez. Vous voulez vous asseoir, je peux appeler la maman de Gilbert pour qu'elle vienne vous chercher tous les deux si vous voulez ?"

 

J'ai donné une douche une fois, dans la salle de bain de l'école maternelle au premier Gilbert.

J'ai attendu dans ma classe, avec Gilbert et son papa ivre, qui pleurait de colère et que son fils essayait de calmer, visiblement habitué à la situation.

 

J'avais 23 ans. J'ai découvert la misère. Ça m'a changée à tout jamais.

Le jour où j'ai pris conscience de mes privilèges
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 20:35
Amuse toi bien !

8h45 - Devant l'école, Gilbert s'apprête à quitter son papa, vêtu d'un costume cravate.

Le Papa de Gilbert : Bisous mon grand, bonne journée ! Et amuse-toi bien !

Gilbert : Bisous papa ! Amuse toi bien !

Le Papa de Gilbert : Je vais travailler !

Gilbert : Moi aussi papa !

BAM dans ta face. Gilbert a mieux compris que son père le rôle de l'école. Et moi j'ai bien rigolé !

Gilbert, ce troll mignon qui ne vient pas à l'école pour se la couler douce.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 16:39

Chez ma grand-mère, quand on était petits, ça voulait dire de l’autre coté de la terrasse. La maison mitoyenne avait été achetée par mes parents pour mes grands parents vieillissants et isolés dans leur campagne berrichonne. Ce fut le lieu de mes mercredi d’enfance. Un peu comme un voyage dans le temps dès la porte franchie.

Chez ma grand-mère, ça sentait la laque, les chats, et un peu la poussière.

Chez ma grand-mère, il y avait un buffet en bois dans lequel on trouvait plein de trésors. Une boite avec des bonbons à la violette. Une autre avec une tonne de boutons avec lesquels on jouait aux puces. Encore une autre où elle rangeait soigneusement tous les napperons qu’elle crochetait en regardant la télé.

Chez ma grand-mère, aux murs, il y avait des dessins qu’on lui avait offerts pour son anniversaire et où elle barrait soigneusement le chiffre tous les ans pour le remplacer par le bon. Et dans quelques endroits, on trouvait nos œuvres directement sur le papier peint blanc.

Chez ma grand-mère, sur les murs, on pouvait aussi voir des vieux canevas poussiéreux, représentant la campagne, des photos en noir et blanc de mes arrière-grands-parents, que je n’ai jamais connu, le dernier calendrier de la poste avec des petits chats intemporels et des cartes et des plans à l’intérieur.

Chez ma grand-mère, à coté des appareils modernes comme le téléphone où la chaine hifi, il y avait un papier explicatif, rédigé de sa main, avec son écriture reconnaissable entre mille. Comment appeler mon père, comment mettre la radio, comment écouter un message, que faire si ça clignote, …

Chez ma grand-mère, il y avait une grande armoire, avec des sacs entiers de pelotes de laine. Et une boite où elle rangeait des petits carrés qu’elle tricotait avec les chutes. Quand il y avait assez de carrés, elle en faisait des couvertures. J’en ai gardé une chez moi. Elle n’est objectivement pas très belle, mais elle est chargée de souvenirs.

Chez ma grand-mère, sur la commode de la chambre, à coté des vieilles poupées de porcelaine, on trouvait une ou deux poules en chocolat. Auxquelles elle n’avait pas touché parce que « elle est bien jolie, on ne va pas lui couper la tête quand même ».

Aujourd’hui, c’est Pâques, et je viens de sacrifier mon lapin or en pensant fort à toi, Mamie. J’espère que d’où tu es, tu ne m’en veux pas trop.

Chez ma grand-mère
Published by Ninoche - dans Ma petite vie
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 16:34

Il y a quelques mois, j'accueillais dans ma classe une fournée toute neuve d'élèves, frais émoulus de l'école maternelle. La plupart étaient venus me voir la dernière semaine, depuis la classe d'en face, celle de ma collègue de grande section.

Mais pas Gilbert. Lui, il arrivait d'un autre département. Dans l'été, une maladie grave avait obligé sa famille a déménager dans la grande ville où je travaille pour permettre à son papa de se faire soigner.

Tout de suite, j'avais remarqué une tendance au bégaiement, et au fur et à mesure, les difficultés en lecture se sont révélées.

En raison de la situation, je ne voyais que très très peu les parents, pas facile de communiquer. Mais quelques entrevues au portail se sont révélées très productives : Oui, Gilbert était suivi par un orthophoniste avant de déménager. Oui, ils venaient d'en trouver un ici qui acceptait de le prendre. Et les séances commenceraient dès la semaine suivante "si c'est possible qu'on fasse les séances sur le temps de classe".

Chez Gilbert, j'ai remarqué aussi une sacré volonté. Pour s'intégrer déjà, en quelques semaines c'était la coqueluche de la classe. Et pour le travail, malgré ses difficultés, Gilbert s'accrochait, retenait toujours mes petits mots d'encouragement. Quand il me rapportait une dictée où un seul des 5 mots contenait les bons sons, je disais toujours "mais celui là c'est très bien et c'était pas le plus facile". Et Gilbert me le répétait "tu vois, j'ai expliqué à Maman que j'avais quand même bien travaillé parce que c'était pas le plus facile que j'ai réussi"

 

Tu as bien fait Gilbert. Bien fait de retenir le positif, bien fait de t'accrocher. Parce que je suis tellement fière de tes progrès. Je peux te le dire maintenant, en novembre, j'avais vraiment peur que toi et moi on n'y arrive pas. J'avais peur que la lecture ce soit vraiment trop dur. J'avais peur que tu te décourages comme tant d'autres l'auraient sûrement fait dans ta situation.

Tu peux être fier Gilbert. Tu as le droit de me dire "tu as vu, j'ai tout réussi" même si je te l'ai déjà dit. Parce que cette réussite, c'est le fruit de tes efforts.

Tu sais lire Gilbert. Il me reste quelques petites choses à t'apprendre, mais tu sais lire.

Alors je dirais juste un mot : Bravo Gilbert !

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 21:45
Say what ?

Il y a 10 ans, j'habitais en Irlande. Pour un an, pour mes études.

J'avais étudié l'anglais pendant 1 an à l'école primaire, 4 ans au collège avec l'option classe européenne, 3 ans au lycée, avec l'option spécialisée, et 2 ans en fac d'anglais donc.

Je me sentais à l'aise, capable d'affronter la vie en pays anglophone.

Quand je suis arrivée, déjà, trouver l'université m'a valu mon premier revers, et toutes les démarches avec les irlandais m'ont fait prendre conscience que l'anglais BBC soigneusement répété pendant des années n'allait pas m'être d'une grande aide.

Et cela m'a valu quelques situations cocasses.

Au moment des formalités d'inscription, je rencontre une personne qui m'indique que je dois absolument m'enregistrer au service médical des étudiants.

Je m'y rends donc et je tombe sur une secrétaire. Je me présente et j'explique la raison de ma venue.

"Hello, I'm a French student, I was told that I had to come here to register as a foreign student"

(Bonjour, je suis une étudiante française, on m'a dit qu'il fallait que je vienne m'enregistrer ici comme étudiante étrangère)

Elle ne me répond pas. Et continue à taper sur son ordinateur.

Je reprends.

"Excuse me madam ?"

(Ai-je besoin de traduire ?)

"Good afternoon, Ifiuelsiegootignemoo ?"

(Bonjour *baragouin incompréhensible à l'intonation montante comme une question*)

Je prends un air un peu surpris, je chausse mon plus bel accent français :

"I am sorry, I am French, I haven't understood what you just said, could you speak a bit slower please ?"

(Je suis désolée, je suis Française et je n'ai pas compris ce que vous venez de dire, pourriez vous s'il vous plait parler un peu plus lentement ?)

"Student card ?"

(Carte d'étudiant)

Je tends ma carte d'étudiante.

Elle tape des choses sur son ordi et reprend

"Ufomeantoyouhimebariuloho ?"

(...)

"I am really sorry but I didn't understand."

(J'ai rien compris)

"Ufomeantoyouhimebariuloho ?"

(... bis)

"..."

Elle, l'air pressé :

"Yes ? No ?"

Dans le doute, et pour ne pas l'irriter davantage, j'ai marmonné un "Yes ?"

Avec un regard compatissant, et sentant bien qu'elle passerait plus de temps à se faire comprendre, elle se lève et m'indique de la suivre.

C'est comme ça que je me suis retrouvée à faire une visite médicale facultative.

Heureusement, l'accent du docteur était plus compréhensible ...

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:56

Cher Gilbert,

 

Ma copine Céline vient de me dire que souhaiter les vœux, ça ne voulait pas dire se mettre la pression pour que tout réussisse, alors voilà.

 

Je te souhaite d'apprendre à lire, et de découvrir toutes les portes que ça ouvre, un imaginaire grand comme ça, et des heures de loisirs. Je fais de mon mieux pour que tu y parviennes, mais le vrai travail, c'est toi qui le fait, et tu le fais bien, continue, j'ai confiance en toi.

 

Je te souhaite d'apprendre énormément de choses, à l'école, oui, ça, c'est un peu de mon boulot. Mais le plus gros des choses à découvrir se trouve autour de toi. Ouvre les yeux, découvre le monde qui t'entoure. Sois curieux, questionne le monde, questionne tes parents, les adultes qui t'entourent.

 

Je te souhaite de grandir, en aussi bonne santé que possible, et de t'épanouir dans ta vie d'enfant. Le monde des adultes n'est pas toujours rose, j'ai malheureusement eu besoin de te l’expliquer deux fois au cours de l’année passée. Mais l’avenir est entre tes mains, et celles de tes copains. Et je suis intimement persuadée que si tu es heureux dans ton enfance, si tu apprends la valeur des choses, et l’importance du respect de chacun, tu ne pourras pas être un adulte vraiment mauvais.

 

Je te souhaite d’être toi. Ça va te sembler un peu bizarre comme souhait, je t’explique. Souvent, tu fais des choses pour faire comme les copains, souvent, tu hésites, parce que le voisin ne pense pas comme toi, parce que tu crois toujours que c’est lui qui a raison. Crois en toi. Tu as de la valeur. Et souviens-toi de ce que je vous répète souvent, en classe « N’ayez pas peur de vous tromper, c’est en faisant des erreurs qu’on apprend ! »

 

Tu vois Gilbert, nous sommes tous différents, et chacun d’entre nous a ses faiblesses. Apprends à reconnaître les tiennes, et fais-en des forces. Ne t’inquiète pas de ce qu’on dira de toi. Ceux qui ne sont pas d’accord ne te connaissent pas vraiment. Il n’y a que toi qui sache vraiment ce qui est bon pour toi.

 

Et que cette année 2016 soit la plus belle possible, riche d’amitiés, de rencontres, d’apprentissages, et d’épanouissement.

 

Je sais, ce n’est pas très professionnel, mais pour l’occasion Gilbert, je te fais un bisou.

Bonne année.

 

La maîtresse

 

PS : S'il te plait, montre toi sous ton meilleur jour le 14 janvier. L'inspecteur sera impressionné !

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 18:19

Aujourd'hui, après l'émotion du week-end, il a fallu gérer Gilbert, 6 ans, et ses questions, sur les attentats du 13 novembre.

Beaucoup de questions sur le pourquoi, et quelques larmes aussi. 

 

 

"Je suis triste parce que il y a des gens qui sont morts"

 

"Y'avait des chasseurs à Paris qui sont allés au concert"

 

"Pourquoi les gens ils sont méchants ?" ...

 

"Est-ce que c'était comme dans Call of Duty ?"

 

"C'est trop bien Call of Duty, y'a du sang partout !"

 

"Est-ce qu'ils sont tristes les méchants parce qu'ils ne sont pas gentils ?"

 

"Pourquoi les terroristes ils ne tuent pas de gens méchants ?"

 

 

 

 

 

 

Parfois, c'est compliqué de trouver des réponses aux questions de Gilbert ...

 

Parfois, j'aimerais bien que les réponses soient aussi simples que les questions de Gilbert :)

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 22:15

Gilbert, 6 ans, pragmatique, à la fin de la leçon sur le 11 novembre.

"Maîtresse, c'est quand la fin de la deuxième guerre mondiale ? Et la troisième ?"

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 08:31

Gilbert a 14 ans, il est en 3ème, il est sourd de naissance. Il va au collège avec ses copains. Une interprète en langue des signes le suit et lui permet de suivre le même cursus que les jeunes de son âge. A la fin de l'année, comme eux, il passera le Brevet des Collèges, avec les aménagements nécessaires dus à son handicap.

Gilbert a 13 ans, il est sourd de naissance. Sa surdité a provoqué un retard important d'acquisition du langage. Ce retard a eu des conséquences sur ses apprentissages. Gilbert va au collège, il est inscrit en 4ème. Il suit les cours de maths, français, histoire-géographie et sciences avec Marie, une enseignante spécialisée. Elle est bilingue en Langue des Signes Française (LSF), mais elle insiste beaucoup pour que les enfants apprennent aussi à écrire le français. Avec elle, les apprentissages sont environ du niveau de CM1-CM2. Dans ses journées de classe, il y a donc Marie, et puis il y a Jeanne, l'orthophoniste qui vient au collège deux fois par semaine pour sa rééducation. Pour le sport et pour les arts plastiques, Gilbert rejoint sa classe de 4ème. Ses professeurs ont appris quelques signes, pour permettre à Gilbert de comprendre les consignes. Après, c'est le système D, il voit bien les copains qui gesticulent pour lui montrer comment faire. Il aime bien ce groupe là. Dans la classe de Marie, ils ne sont que 5, quand tout le monde est là. Parce qu'entre les séances d'orthophonies, et les cours en inclusion en classe ordinaire, les rendez-vous au CHU pour faire régler les prothèses auditives, finalement, ils manque souvent quelqu'un. Marie, elle, elle doit préparer 5 choses différentes à chaque fois. Ou presque. Parce que Gilbert suit environ le CM1 CM2. Mais sa voisine est plus proche du CE1, parce qu'elle a une légère déficience en plus de sa surdité, et son voisin, lui, est presque rendu au programme de 6ème. A la fin de la troisième, Gilbert passera le Certificat de Formation Générale (CFG).

Gilbert a 16 ans. Il est sourd de naissance. Il a aussi une importante déficience mentale et des troubles autistiques associés. Il va au collège dans une classe spécialisée. Il a deux enseignantes qui se partagent les apprentissages. Gilbert ne sait pas lire. Au collège, il apprend à reconnaître un dessin dans une image. Il apprend la langue des signes aussi, avec Elise, la prof de LSF. Et bien sur, Jeanne l'orthophoniste vient s'occuper de lui de temps en temps. Avec elle, il apprend à reconnaître des petits pictogrammes, ça permet à son entourage de communiquer avec lui. Par exemple, hier, un copain de sa classe lui a écrit une lettre d'anniversaire avec les pictogrammes. Gilbert était très content de pouvoir la lire tout seul. Deux après-midi par semaine, Gilbert se rend dans un centre spécialisé, et il travaille avec des éducateurs. Par exemple, Gilbert prépare son repas avec les éducateurs, il fait des petits jeux de société, ... Gilbert ne va pas en classe ordinaire. Il ne passera pas non plus le CFG, c'est trop compliqué pour lui. L'année prochaine, Gilbert ne pourra pas rester au collège, il est trop grand. Il ira dans un institut qui lui permettra de continuer à progresser à son rythme, selon ses capacités.

Ces trois jeunes sont scolarisés dans le même collège, autour d'eux une structure qui s'adapte aux besoins de chacun. Et aide Gilbert à donner le meilleur de lui-même, avec, sur la cour de récré, 500 élèves autour de chaque Gilbert.

L'enseignement spécialisé, c'est chouette quand ça marche bien. Et je crois que c'est vraiment ça que je voudrais faire.

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Qui Est Gilbert ?