Cette semaine, j'ai accueilli dans ma classe une petite jeune de 3è, motivée et tout, venue découvrir l'envers du décor d'une école maternelle. J'étais ennuyée, parce que cette semaine, on a eu que des emmerdes à l'école, et du coup, j'ai pas forcément été très dispo pour m'occuper d'elle. Mais je lui avais promis qu'on prendrait le temps ce soir pour faire le point sur son stage, répondre aux questions qu'elles se posaient (ou que ses profs l'incitaient à se poser), ...

 

La sortie finie, le temps pour moi de tenter une quinzième fois de faire comprendre aux parents de Jeannine que non, mordre n'était pas un comportement normal pour une enfant de 4 ans - oui, oui, même si elle est encore au sein et qu'il lui arrive de mordre le sein de sa mère (là j'ai tenté de réprimer comme j'ai pu ma surprise) - nous avons donc discuté une grosse demi heure.

 

Enfin discuté ... J'ai répondu à ses questions. Quelles qualités sont nécessaires pour ce métier ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ? (Le glandage permanent et les vacances pardi !) Et puis, je me suis rendue compte que je n'avais pas trouvé beaucoup d'inconvénients. En fait, j'ai même galéré à trouver autre chose que le classique "on ramène du travail à la maison". Plus j'expliquais à la petiote mon quotidien, ma vie dans l'école, dans la classe, dans l'équipe, plus je me sentais bien là dedans. Et pourtant, tout n'est pas rose, mais je crois que c'est le signe que j'aime ce que je fais.

 

 

Ça n'a l'air de rien comme ça, mais depuis que j'ai débuté dans le métier, je me pose plein de questions. Est-ce que c'est comme ça qu'il faut faire ? Pourquoi je n'y arrive pas ? Et l'expérience, elle se magne le derrière un peu ? Et j'ai tendance à dire haut et fort que je ne crois pas faire long feu dans ce métier car c'est un métier difficile. Et en fait, j'aime ça. La difficulté, le défi permanent (vous avez dit maso ?). Bon, ça provoque parfois des périodes de gros doute dans le genre : "Mais purée pourquoi ce gnome là j'arrive pas à le dompter ? Ça doit être moi, je suis surement nulle ..." Mais quand on arrive à prendre du recul, putain c'est un bonheur ...

 

 

Parfois, je me surprends à rêver d'un poste de secrétaire, sans mes 30 gnomes qui courent et crient autour de moi. Mais ça ne dure jamais longtemps, au pire, le temps d'un bon coup de blues ... Et le lundi quand je pars les retrouver, j'ai généralement le sourire aux lèvres. Non, la journée ne sera pas parfaite, comme sur des roulettes, mais c'est moi qui l'aurait menée, toute seule comme une grande. Et elle ne sera pas toute noire non plus. Et puis, le comme sur les roulettes, ça ne va pas trop avec les gnomes. Improviser, s'adapter, aider un gamin et voir dans ses yeux qu'il a pigé, rire sur un bon mot des gnomes et se dire, ça va faire rire les copains, ... Et le bonheur de rentrer chez soi en se disant que finalement, on s'en est pas si mal tiré, et qu'on fait quand même un beau métier.

 

Je me sens bien, je me sens prof, je me sens moi.

Par Ninoche
Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 18:56

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J'ai remarqué, dans mon école, que quand les gnomes sont agités (genre un peu plus que la normale), on accuse souvent le temps. C'est facile, ça ne culpabilise personne, et ça s'applique à tous les gnomes, par tous les temps.

 

 

Exemple 1 : 15 novembre, il pleut, il vente, bref, c'est l'automne. Tous les gnomes le savent, ils ont collé des feuilles mortes dans leurs cahiers, ils ont bourré leur cartable de feuilles mortes, offert 15 bouquets de feuilles à leur maman, ... Tous les adultes le savent aussi, la classe est pleine de terre, le couloir plein de feuilles mortes, et on ne peut sortir que sous le préau : "Récré sous le préau, ma tête a bobo." (Proverbe chinois) Et puis le 15 novembre, ça fait déjà 15 jours que les gnomes voient des décorations de Noël fleurir partout. Et les phrases aberrantes aussi fleurissent "Ça sent la tempête, Gilbert est sacrément énervé !" Si je pouvais, je dirais à la maman de Gilbert que s'il devait y avoir une tempête chaque fois que son gnome est énervé, ça serait Xynthia quotidiennement à l'école. Le père Noël 0 - 1 Le VENT.

 

 

Exemple 2 : 15 janvier, il pleut toujours, il vente, il fait froid, bref, c'est l'hiver. Tous les gnomes le savent, même si ici, la neige on ne la voit pas dans la cour de l'école, mais plutôt dans des dessins, des photos de loin d'ici où les gnomes vont bientôt aller faire du ski et des livres parlant d'un vieux barbu au ventre rebondi d'un accro à la bière et habillé en rouge. Les gnomes ont eu leurs cadeaux de Noël. C'est cool. Hello Kitty et Flash McQueen vont pouvoir se nourrir encore copieusement cette année. Les gnomes ont aussi compris que Noël, ça revenait l'année prochaine. C'est moins cool. Gilbert a déjà écrit sa lettre pour le gros barbu, et demande sans arrêt "C'est quand l'année prochaine ?" Heureusement, à l'école, on prépare la galette des rois, on se tabasse pour une fève, on pleure parce que la copine a dit que sa couronne était plus jolie que celle de Gilbert. Bref, la routine. Mais ce n'est pas toute cette agitation qui énerve les petits, non non, c'est le VENT.

 

 

Exemple 3 : 15 juin, il ne pleut plus, il ne fait plus du tout froid, une petite brise raffraichit tout juste l'air chaud (et te fait oublier que tu es en train de prendre un coup de soleil en surveillant la cour), bref, c'est presque l'été. Tous les gnomes le savent, la fin de l'année approche, les dernières vacances remontent à Mathusalem et la fête de l'école approche. Bien sûr, il faut faire répéter tous ces joyeux bambins pour faire sourire leurs parents gagas, alors, ça perturbe un peu l'organisation habituelle. Et puis Gilbert a bien compris que bientôt, après les grandes vacances au centre aéré, il ne sera plus un petit, il va devenir un drand. Un drand de tatre ans. Et il a sacrément hâte parce que son amoureuse, elle est chez les grands. Mais bon, à quoi bon vous parler de tout ça puisque ce qui énerve Gilbert, de toute façon, c'est le VENT.

 

 

Bon, j'veux pas dire, mais on bataille dans nos classes pour que le gnome qui fait un coupable idéal ne soit pas stigmatisé, toussa toussa, et on se permet d'accuser à tord et à travers la météo. Pourquoi ne dirait-on pas que c'est le VENT qui a déchiré le livre/renversé son assiette de lentilles sans faire exprès en regardant droit dans les yeux la dame de service/provoqué une rencontre brutale entre la tête du copain et le mur du préau/... ?

 

Oh , bien sûr, Gilbert est un petit ange, mais quand même, le vent, il a bon dos !

Par Ninoche
Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 18:17

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Je m'étais dit, tiens, ça serait marrant de raconter la semaine des vacances, tiens, ça serait marrant de vous montrer qu'on galère un peu quand les gnomes sont fatigués, et que nous on l'est aussi, et qu'on est donc un peu moins résistant. Je m'étais dit bon, j'ai été malade la semaine des vacances, et j'ai loupé mon article en deux morceaux, j'me rattraperai plus tard. Je m'étais dit, allez, après les vacances, je m'y remets, ....

 

Et puis,... et puis, ... 

 

Et puis me revoilà, au moment où personnellement, je m'attendais le moins à trouver du temps pour mettre à jour ce blog. 

 

Allez, je vous plante le décor : 

Depuis un mois, on repousse au maximum le moment fatidique où on va devoir prononcer le mot Noël. Parce que ce mot, au delà de toutes croyances religieuses, a un pouvoir terrifiant sur les enfants. Prenez une classe de gnomes, âgés de 3 ans 1/2, 4 ans. Prononcez le mot interdit. Vous vous retrouvez face à une armée de gnomes sauvages à dompter.

Autant vous dire que la société de consommation ne nous aide pas. Les premiers Pères Noël sont apparus dans les devantures de magasins au 20 octobre. Après ça, on a un peu de mal à avoir l'air crédible quand on dit à un gnome qui chante "Petit Papa Noël" le 3 novembre "Ne t'emballe pas Gilbert, Noël c'est dans looooooooongtemps !"

S'il y a une chose que les gnomes ont bien comprise, c'est que la maîtresse n'avait pas trop trop envie de parler du gros barbu au manteau rouge. Ils en parlent entre eux, ça, c'est quasiment leur seul sujet de conversation depuis environ un mois (Et t'as écrit ta lettre toi ? Et tu vas avoir quoi ? Et ben moi j'ai commandé ça aussi !). Mais ça n'a pas trop d'impact sur les temps collectifs. 

 

Sauf que la tradition veut que le soir des vacances de Noël, les gnomes emportent à la maison un petit cadeau pour leurs parents. Cadeau qu'ils auront décrit en long en large et en travers pendant les quinze jours de préparation du cadeau "mais je dirais rien moi, c'est une surprise hein !".

Alors on est bien obligés de lancer le sujet à un moment ou un autre. Personnellement, j'attends le début du mois de décembre. Avant, l'excuse c'est "Noël, c'est dans le prochain calendrier !".

Mais voilà, le prochain calendrier, il est en place depuis deux jours. Et forcément, on y a écrit Noël. Du coup, les gnomes commencent à être persuadés que "C'est Noëëëëëël".

Là.

 

Maintenant.

 

Tout de suite.

 

Ou alors demain matin. 

 

Quoi ? Toujours pas ?

 

Non mais c'est une blague ? 

 

Il va se dépêcher le gros barbu ?

 

Aaaaaaaarg.

 

 

Décembre va être long. 

 

Très long.

Par Ninoche
Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 18:37

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La semaine des vacances n'est pas une semaine comme les autres. 

 

 

Le lundi, quand tu te réveilles, la première chose à laquelle tu penses c'est au vendredi soir, quand tu auras rendu les gnomes à leurs parents, et que tu pourras enfin profiter d'un peu de repos, genre un peu plus que deux pauvres petites grasses matinées. Les yeux à peine ouverts, et à peine motivée pour ta journée. 

Le lundi, quand les gnomes arrivent à l'école, tu as l'impression d'être un vendredi. Des larmes, des colères, des yeux à peine ouverts, comme les tiens en fait. Bref, le gnome est crevé, et un gnome crevé n'est pas calme, sache-le !

Le lundi, quand tu rends les gnomes à leurs parents le soir, ta voix montre déjà des signes de faiblesse. Un peu comme si les microbes avaient attendu les vacances pour attaquer fort. Un peu comme si tes défenses immunitaires, elles aussi, en avaient raz le bol de résister aux attaques gnomesques.

Le lundi, quand tu vas te coucher, tu te dis "plus que 4 réveils avant les vacances !". 

 

 

Le mardi, quand tu te réveilles, la première chose à laquelle tu penses c'est au vendredi soir, pareil que le lundi en fait. Il n'y a plus de pain, alors tu manges un peu n'importe quoi au petit déjeuner. Il n'y a plus rien dans le frigo pour le midi, tant pis, tu mangeras un sandwich.

Le mardi, quand les gnomes arrivent à l'école, tu sens que les parents ont eu du mal à les lever. Tu espères, secrètement qu'ils vont prolonger un peu leur nuit, enfin, surtout le silence de leur nuit. Mais au fond de toi, tu sais que tu rêves. Tu te l'es déjà dit hier, un gnome crevé est un gnome énervé. Et énervant, en prime. Ta voix a à peine récupéré de la veille mais la voix des gnomes ne montre aucun signe de faiblesse. 

Le mardi, quand tu rends les gnomes à leurs parents le soir, tu parles tout bas, avec le secret espoir de préserver le brin de voix qu'il te reste. Tu es ravie d'avoir eu trois gnomes à changer à la récré, parce que tu comprends, il y avait des flaques d'eau, ils n'ont pas joué dedans, mais ils sont quand même tombés à pied joint dedans. Oui oui, trois fois de suite, ils sont tombés, par hasard, les deux pieds dans la flaque !

Le mardi, quand tu vas te coucher, tu te dis "je ne vais jamais réussir à parler demain". Tu te dis aussi "Plus que 3 réveils avant les vacances !". 

 

 

A suivre ...

Par Ninoche
Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 14:05

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Il y a des matins où quand tu te lèves, tu sais que la journée va être sympa/animée/sportive/horrible (barrez les mentions inutiles). Parfois, c'est toi, Maître/Maîtresse qui est en cause. J'avoue avoir du mal à être souple avec mes gnomes quand je passe la matinée à me demander par quel coté va ressortir mon petit dej'. Parfois ce sont les gnomes. Et parfois, tu crois que ta journée va être pourrie, et finalement, ya plein de petits trucs sympas qui font que le soir, malgré les cernes et la morve collée sur ton pantalon, tu te dis ouahou, j'ai passé une bonne journée.

 

1) Quand la maman de Sophie a décidé que ça serait Monsieur qui amènerait les gnomes à l'école. Sophie arrive à l'heure du coup. Et ne finit pas son petit dej dans le couloir. Et du coup, tu n'es pas obligée d'interrompre trois fois ton temps d'accueil du matin parce que "Bonjour madame, excusez nous pour le retard" "Ah pardon, Sophie a besoin d'aller faire pipi." "Ah et j'ai oublié de vous demander, la réunion de parents, c'est quand ?" La semaine dernière madame.

 

2) Quand Bérangère a décidé de se passer du rituel "colère en arrivant à l'école". Ça épargne tes oreilles, légèrement sensibles au bruit une heure ou deux après le réveil. Et ça évite que les gnomes qui arrivent ne soient agressés auditivement par le coffre de Bérangère. Et petit plus non négligeable, ça te permet de parler autrement que fort avec les parents des gnomes qui arrivent après Bérangère. Bon, ça t'épargne aussi les parents qui laissent leur gnome en te disant "Bon courage hein" d'un air entendu, genre "j'aimerai pas être à votre place mais j'admire votre patience". Une journée qui commence dans le calme, ça n'a pas de prix.

 

3) Quand la mode dans la classe est plus au dessin qu'au petit train. Quel plaisir de voir des petits gnomes assis à une table, éventuellement en train d'échanger sur leurs activités diverses et variées, mais relativement calmement. Plutôt que toutes les trois minutes, devoir rappeler que non, jouer au petit train en se tenant par les vêtements, en vociférant des "tchou tchou", et en tournant autour des tables de la classe, même à seulement quatre ou cinq n'est pas une activité autorisée dans la classe, et que si, par pitié, ils pouvaient attendre l'heure de la récréation pour prouver à leurs copains qu'ils imitent à merveille le bruit du train, mes oreilles et mon sang froid leur en seraient reconnaissants.

 

4) Quand le langage encore approximatif de certains petits gnomes produit des expressions poilantes. "Maîtresse, on dirait une cocotte-nunutte !" "Je crois que mon casier est tout débordé" "Maîtresse tu peux m'attacher ? Oui bien sur, t'attacher où ? Mais noooon m'attacher mon collier !"

 

5) Quand le projet en cours passionne tellement les petits gnomes qu'ils en parlent à leurs parents, qui leur proposent d'apporter des objets en rapport, ... C'est tellement génial quand on va dans le même sens, tous. Ça fait tellement plaisir d'entendre un gnome sortir de la classe et dire à sa maman "Maman à l'école on a construit une esssssposition ! Mais faut pas toucher hein ! "

 

6) Quand Gilbert, ou Gilberte, n'a pas compris, mais s'accroche, demande des explications, de l'aide. Quand il passe une partie du temps où il aurait pu jouer à s'entrainer, parce que "Maîtresse, moi aussi je vais y arriver !". Et quand il y arrive. Presque tout seul. Et qu'il est tellement fier d'annoncer à ses copains, sa maman, sa nounou, qu'il l'a fait ! J'ai réussi maman, tu sais c'était pas si difficile !

 

 

Finalement une bonne journée, c'est juste des petits instants qu'il faut apprendre à reconnaître, histoire de pas se laisser dépasser par la fatigue, histoire de pouvoir se dire qu'on fait un métier génial, histoire de profiter d'une soirée cool, sans penser au boulot, ou en y pensant de manière positive. Quand au delà de la colère de Bérangère, ou du chagrin de Martin, on a su voir les moments où ils ont été bien. Heureux d'être là, et de partager des choses ensemble. Peut être un peu grâce à nous. 

Par Ninoche
Samedi 15 octobre 2011 6 15 /10 /Oct /2011 10:26

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