La consigne : Relie le masculin avec son féminin.

Un homme => Une jument. 

Un cheval => Une femme.

 

Ils ont de drôles de pratiques dans la famille de Gilbert.

Par Ninoche
Jeudi 20 mars 2014 4 20 /03 /Mars /2014 12:29

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Avec Gilbert, au début, ça se passait plutôt bien. Bien sûr, régulièrement, sa trousse finissait sur mon bureau parce que ça l'empêchait de se concentrer. Bien sûr, j'avais le sentiment de répéter beaucoup, souvent un peu plus que pour les autres. Bien sûr, parfois, il m'agaçait à écrire très gros, à se tenir comme une chiffe molle sur sa chaise,  semblant dénué de tout tonus musculaire. Mais globalement, les apprentissages suivaient plutôt bien. Alors je m'étais dit qu'il s'agissait certainement d'un petit manque de maturité.

 

Une première fois, j'ai demandé à rencontrer les parents de Gilbert. Ils sont venus, tous les deux.  Oui, bien sûr, Gilbert avait toujours une petite baisse de régime en novembre, il avait été malade un peu, une grosse bronchite, qui raccourcissait ses nuits et celles de ses parents. Mais à la maison, on ne voit visiblement pas le grand bébé que j'ai en face de moi. Il participe à la vie de la maison, met la table, joue à des jeux de société complexes, mange comme un grand avec papa et maman. Vraiment, c'est à peine si tous les problèmes que je pouvais voir en classe étaient incompréhensibles, ou tout au plus l'effet de l'école sur un enfant qui manque un peu de confiance en soi. 

 

Alors j'ai pris sur moi, j'ai réexpliqué pour Gilbert, vérifié qu'il ne paniquait pas devant les exercices, continué à être exigeante, mais tout en souplesse pour ne pas le brusquer.

C'est alors que tout a basculé. Enfin, basculer. Le terme est un peu fort. Mais petit à petit, Gilbert a eu besoin de plus en plus d'aide, tout en en faisant de moins en moins. 20 minutes n'étaient pas de trop quand on lui demandait d'ouvrir son cahier et d'écrire la date. Lever la main est devenu trop difficile, trop fatigant, alors quand Gilbert ne se souvenait plus de la consigne, il partait dans son monde. Un monde où les crayons sont des pistolets, les règles des vaisseaux spatiaux, les taille-crayons des chargeurs, ...

Forcément, avec 25 autres élèves, et deux niveaux à gérer, je ne voyais pas toujours Gilbert partir dans son monde. Parfois, après 5 minutes, en tournant la tête, je me rendais compte qu'il n'avait pas commencé, alors, je le rappelais à l'ordre: "Gilbert, concentre toi ! Gilbert, tu te mets au travail ?" Chaque fois, le son de ma voix semblait le tirer d'un doux rêve éveillé. 

 

Un jour, Gilbert a cessé de travailler, malgré les remarques alarmistes sur les cahiers à signer, pas de nouvelles de ses parents que je ne voyais jamais. Alors j'ai à nouveau demandé à les voir.

Et j'ai vu. 

Gilbert est entré dans la classe avec son papa et sa maman. Ils se sont assis. Pas Gilbert. Papa a demandé à Gilbert de s'asseoir. J'ai attendu. Il a dû le demander 15 fois, sur le même ton de voix, sans se départir de son sourire bienveillant ou des petits surnoms affectueux. Et chaque fois, Gilbert disait "Oui", et la seconde d'après était reparti ailleurs. Et puis enfin, miracle, Gilbert s'est assis. La maman a alors demandé à Gilbert de retirer son manteau. Plus d'une dizaine de fois avant d'abandonner face à la "distraction" de son fils. 

Nous avons alors pu commencer l'entretien. Sans Gilbert, toujours dans son monde. La langue au bord des lèvres, bavant légèrement, les yeux jamais fixés quelque part, avec toujours ce sentiment d'avoir devant moi une poupée de chiffon qui ne reprend conscience que quelques secondes quand on prononce son prénom. 

Mais tout va bien. Les parents de Gilbert en sont tellement persuadés qu'ils n'entendent pas quand je leur dis que Gilbert n'apprend plus.

 

Alors ils repartent, comme ils sont venus, avec en prime un contrat de comportement pour Gilbert, avec pour objectif de travailler sur sa concentration. J'ai l'impression d'avoir parlé dans le vide. Qu'ils n'ont pas compris ma préoccupation pour leur enfant.  Il faudra encore plus de 5 min pour que Gilbert enfile le manteau qu'il avait finalement retiré, et 5 de plus pour qu'il le ferme. 

Et s'il y avait quelque chose d'autre, que je ne peux pas voir ?

Je me sens tellement impuissante ...

Par Ninoche
Mardi 18 février 2014 2 18 /02 /Fév /2014 21:22

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Accueillir un Gilbert en situation de handicap dans ma classe, c'est génial.

Parce que ça relativise les problèmes des autres, parce que ça créé un climat d'entraide, parce que c'est riche, pour lui, pour eux, pour moi.

 

Mais quand même, parfois, c'est vraiment dur.

Quand Gilbert court partout, et hurle, et s'énerve, pendant que les autres essayent tant bien que mal de se concentrer sur leur travail.

Quand Gilbert refuse de travailler, quand il crie "Non, non NON NON !" en boucle, et qu'on sait qu'on ne pourra rien en tirer.

Quand Gilbert dit des mots qui font mal, que Non, il n'a pas besoin d'aide, qu'il ne veut pas de nous, qu'il voudrait qu'on soit morts.

Quand on fait le bilan de ces 3 mois depuis son arrivée à l'école, et qu'on se rend compte que Gilbert n'apprend pas. Qu'il ne sait toujours pas compter au delà de 2 sans se tromper, qu'il risque de lui falloir des années pour apprendre à lire.

Quand on prépare une réunion pour faire le point avec la maman et les professionnels de santé, et qu'on va devoir dire des choses difficiles à dire.

Et quand 8 jours avant cette réunion, on entend la maman dire à Gilbert "Il ne faut pas que tu prennes du retard par rapport aux autres CP".

 

J'aimerai pouvoir dire à sa maman que Gilbert a juste besoin d'un peu de temps, que le déclic n'est pas loin. Mais ça serait mentir.

J'aimerai pouvoir dire à sa maman que l'intégration de Gilbert se passe très bien dans la classe. Qu'il ne frappe pas les autres enfants, qu'il n'est jamais violent envers les adultes. Mais ça serait mentir.

J'aimerai pouvoir dire que la présence de Gilbert n'a pas de conséquences sur les apprentissages des autres élèves. Mais ça aussi, ça serait mentir.

 

La réunion a lieu cette semaine. Ça va être vraiment difficile.

Par Ninoche
Dimanche 26 janvier 2014 7 26 /01 /Jan /2014 10:41

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"Et toi maîtresse, t'es une adolescente ou une personne z'agée ?"

Par Ninoche
Vendredi 17 janvier 2014 5 17 /01 /Jan /2014 19:43

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Moi : "Gilbert, ce soir, papa a téléphoné, tu ne devais pas aller à la garderie, mais ta maman est partie à la maternité"

Gilbert : "Ah cool, maman m'a donné une crêpe au chocolat, au cas où !"

Par Ninoche
Mercredi 15 janvier 2014 3 15 /01 /Jan /2014 17:15

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