"Si on met les doigts dans les prises, on peut se faire électricoter !"

Gilbert 5 ans.

Par Ninoche
Lundi 23 juin 2014 1 23 /06 /Juin /2014 22:56

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Au programme de l'école primaire, dans la catégorie "Activités Physiques et Sportives", il y a un chapitre "Natation" qui m'oblige depuis 1 mois, à accompagner Gilbert à la piscine tous les vendredis. Et croyez moi, c'est loin d'être une partie de plaisir.

 

Ça commence à l'école. 10 min avant l'heure habituelle de début de la classe, je compte et recompte mes ouailles. Nous devons être dans l'eau à l'heure où habituellement j'attends que Gilbert se souvienne qu'on ne peut pas être dimanche, vu qu'il n'y a jamais d'école le dimanche. Alors il faut partir AVANT l'heure. Le car nous attend déjà dehors. Il en manque un ? Tant pis pour lui, tant mieux pour moi. Vous comprendrez vite pourquoi.

Nous montons donc VITE dans le car, recomptons les présents, et les sacs. Non, Gilbert pas ton cartable à la piscine, par contre, le petit sac avec ta serviette, ton maillot et ton bonnet de bain serait le bienvenu. Je cours, échange cartable contre sac à dos au porte manteau, remonte dans le car, qui démarre. OK, on est partis.

Le car s'arrête devant la piscine, en double file, avec 10 voitures mécontentes derrière. Je presse donc Gilbert de sortir du car. Je compte les enfants, les sacs. Une maman accompagnatrice sort du car avec les 5 sacs restés sous les sièges. Motivé, Gilbert, pour aller se baigner ce matin.

Dans la piscine, vient l'épreuve du vestiaire. Ce qui doit déjà être bien compliqué en vestiaire collectif devient une compétition olympique quand la piscine est "désolée de n'avoir plus que des cabines individuelles". Mais pas assez pour tous les enfants, bien sur. Une cabine pour trois Gilbert. Le sens de l'organisation n'étant pas un don inné chez les gnomes, je prends les choses en main. Toi, toi et toi, ici, là. Toi et toi là bas. Au bout de 15 min, Gilbert est sorti 3 fois de sa cabine, pour me demander s'il devait aussi retirer ses chaussettes, pour me demander s'il pouvait remettre un pull par dessus son maillot parce que quand même il n'a pas très chaud, et pour me demander où j'ai mis son cartable, parce que le bonnet de bain est resté dedans.

Les gnomes sont prêts, maillotés, bonnetés, frissonnants à l'entrée des douches quand soudain. "Euuuh Gilbert, c'est quoi cet élastique qui dépasse de ton maillot ?" "Ben c'est mon slip maîtresse." Arg. Retour aux cabines avec une maman, passage sous la douche "pas plus de 5 secondes chacun", et les voici mouillés, grelottant et excités comme des puces devant le maître nageur qui les calme d'emblée.

Environ 2 têtes de plus que moi (soit 5 de plus que Gilbert), deux fois ma largeur d'épaule, la moustache et le poil aux pattes finissent un tableau qui impressionne drôlement Gilbert (je pioche des idées pour imposer mon autorité). Il annonce qu'on va faire des groupes de niveau. Fait sauter tous les gnomes dans l'eau, et compte combien remontent tous seuls à la surface (ou presque). J'envisage avec un petit sourire une classe diminuée de tous les éléments ne sachant pas nager, avant de constater avec stupeur que ceux qui restent au fond sont mes meilleurs éléments. Même pas drôle. 

A peine le temps de les faire sauter, longer le bord et mettre la tête sous l'eau qu'il est déjà temps de faire marche arrière pour laisser notre place à une nouvelle fournée de Gilbert tremblottants, tout juste sortis de la douche.

Je cède ma place, raccompagne les miens pour un rapide passage sous la douche, et retrouve avec plaisir les parents venus aider au vestiaire.

Gilbert met 3 min à retrouver sa cabine. Ou plutôt : 3 min pour retrouver la cabine où il a retiré son jean, 3 min pour celle où il a enlevé ses chaussettes (à contrecoeur, rappelez vous), 3 autres pour le t-shirt, etc. 15 min plus tard, tous les élèves sont prêts, rangés, chaussés. Tous, sauf 3. Il manque 2 pantalons. Il reste 7 maillots mouillés par terre. Et 3 slips aussi. Et celui-ci n'a plus de chaussures.

Avec les parents, nous entamons donc une inspection générale,retrouvons les 4 gnomes rhabillés mais sans slip sous le pantalon, ceux qui ont 2 pantalons sur eux, ceux qui ont oublié leur maillot et ceux qui se sont trompés de chaussures. Et nous partons en courant jusqu'au car, un peu énervé de nous avoir attendu 5 min. Il démarre donc avant que nous ayons attaché tous les enfants, heureusement que nous les avions comptés. 

 

À l'arrivée à l'école, nous retrouvons sur la cour Gilbert, qui, arrivé 10 min après le départ du car, a passé une petite matinée tranquille à faire un coloriage magique dans la classe de ma collègue. Ce que je peux l'envier à ce moment précis ... 

 

Nous sommes vendredi, il est 17h30, la maman de Gilbert (pas celle qui est venue nous accompagner, une qui "travaille, elle") vient me voir catastrophée. "Gilbert vient de me dire qu'il n'a pas eu le temps de prendre une douche en sortant ? Je lui avais pourtant donné son gel douche, son shampooing, et son gel "hygiène intime", je ne comprends pas".

Ah. Ben venez la prochaine fois, vous comprendrez je crois.  

Par Ninoche
Mardi 3 juin 2014 2 03 /06 /Juin /2014 19:41

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"Maîtresse, moi ce week end, je me suis baigné dans l'océan aquatique !" 

Par Ninoche
Lundi 19 mai 2014 1 19 /05 /Mai /2014 13:14

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La consigne : Relie le masculin avec son féminin.

Un homme => Une jument. 

Un cheval => Une femme.

 

Ils ont de drôles de pratiques dans la famille de Gilbert.

Par Ninoche
Jeudi 20 mars 2014 4 20 /03 /Mars /2014 12:29

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Avec Gilbert, au début, ça se passait plutôt bien. Bien sûr, régulièrement, sa trousse finissait sur mon bureau parce que ça l'empêchait de se concentrer. Bien sûr, j'avais le sentiment de répéter beaucoup, souvent un peu plus que pour les autres. Bien sûr, parfois, il m'agaçait à écrire très gros, à se tenir comme une chiffe molle sur sa chaise,  semblant dénué de tout tonus musculaire. Mais globalement, les apprentissages suivaient plutôt bien. Alors je m'étais dit qu'il s'agissait certainement d'un petit manque de maturité.

 

Une première fois, j'ai demandé à rencontrer les parents de Gilbert. Ils sont venus, tous les deux.  Oui, bien sûr, Gilbert avait toujours une petite baisse de régime en novembre, il avait été malade un peu, une grosse bronchite, qui raccourcissait ses nuits et celles de ses parents. Mais à la maison, on ne voit visiblement pas le grand bébé que j'ai en face de moi. Il participe à la vie de la maison, met la table, joue à des jeux de société complexes, mange comme un grand avec papa et maman. Vraiment, c'est à peine si tous les problèmes que je pouvais voir en classe étaient incompréhensibles, ou tout au plus l'effet de l'école sur un enfant qui manque un peu de confiance en soi. 

 

Alors j'ai pris sur moi, j'ai réexpliqué pour Gilbert, vérifié qu'il ne paniquait pas devant les exercices, continué à être exigeante, mais tout en souplesse pour ne pas le brusquer.

C'est alors que tout a basculé. Enfin, basculer. Le terme est un peu fort. Mais petit à petit, Gilbert a eu besoin de plus en plus d'aide, tout en en faisant de moins en moins. 20 minutes n'étaient pas de trop quand on lui demandait d'ouvrir son cahier et d'écrire la date. Lever la main est devenu trop difficile, trop fatigant, alors quand Gilbert ne se souvenait plus de la consigne, il partait dans son monde. Un monde où les crayons sont des pistolets, les règles des vaisseaux spatiaux, les taille-crayons des chargeurs, ...

Forcément, avec 25 autres élèves, et deux niveaux à gérer, je ne voyais pas toujours Gilbert partir dans son monde. Parfois, après 5 minutes, en tournant la tête, je me rendais compte qu'il n'avait pas commencé, alors, je le rappelais à l'ordre: "Gilbert, concentre toi ! Gilbert, tu te mets au travail ?" Chaque fois, le son de ma voix semblait le tirer d'un doux rêve éveillé. 

 

Un jour, Gilbert a cessé de travailler, malgré les remarques alarmistes sur les cahiers à signer, pas de nouvelles de ses parents que je ne voyais jamais. Alors j'ai à nouveau demandé à les voir.

Et j'ai vu. 

Gilbert est entré dans la classe avec son papa et sa maman. Ils se sont assis. Pas Gilbert. Papa a demandé à Gilbert de s'asseoir. J'ai attendu. Il a dû le demander 15 fois, sur le même ton de voix, sans se départir de son sourire bienveillant ou des petits surnoms affectueux. Et chaque fois, Gilbert disait "Oui", et la seconde d'après était reparti ailleurs. Et puis enfin, miracle, Gilbert s'est assis. La maman a alors demandé à Gilbert de retirer son manteau. Plus d'une dizaine de fois avant d'abandonner face à la "distraction" de son fils. 

Nous avons alors pu commencer l'entretien. Sans Gilbert, toujours dans son monde. La langue au bord des lèvres, bavant légèrement, les yeux jamais fixés quelque part, avec toujours ce sentiment d'avoir devant moi une poupée de chiffon qui ne reprend conscience que quelques secondes quand on prononce son prénom. 

Mais tout va bien. Les parents de Gilbert en sont tellement persuadés qu'ils n'entendent pas quand je leur dis que Gilbert n'apprend plus.

 

Alors ils repartent, comme ils sont venus, avec en prime un contrat de comportement pour Gilbert, avec pour objectif de travailler sur sa concentration. J'ai l'impression d'avoir parlé dans le vide. Qu'ils n'ont pas compris ma préoccupation pour leur enfant.  Il faudra encore plus de 5 min pour que Gilbert enfile le manteau qu'il avait finalement retiré, et 5 de plus pour qu'il le ferme. 

Et s'il y avait quelque chose d'autre, que je ne peux pas voir ?

Je me sens tellement impuissante ...

Par Ninoche
Mardi 18 février 2014 2 18 /02 /Fév /2014 21:22

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